Dans la métropole de Lille, le Dr Benoît Brion est le seul à proposer des consultations en langue des signes française, à l’hôpital Saint-Philibert, avec l’appui du Réseau sourds et santé. Un exemple d’inclusion.

1.Le constat
La porte s’ouvre. Le Dr Benoît Drion, médecin coordinateur du Réseau sourds et santé, se livre à une consultation inédite. Ce dernier est le seul médecin à pratiquer à temps plein la langue des signes française (LSF) dans la métropole de Lille, à l’exception d’un médecin généraliste qui exerce en libéral à Ronchin. L’hôpital Saint-Philibert (GHICL) lui a ouvert les bras. Depuis une vingtaine d’années, le service n’a cessé de se développer : trois mi-temps au départ et aujourd’hui une équipe pluridisciplinaire (interprètes, psychologues, infirmières, psychiatre, médiateurs, secrétaires…) composée de 17 personnes aguerries. Un exemple unique d’inclusion parti d’un constat dramatique. « Lors de ma pratique d’urgentiste en Belgique, j’ai été confronté plusieurs fois à des complications aiguës de diabète de type 2 avec des personnes sourdes non suivies parce que nul ne pouvait communiquer convenablement avec elles. »
Un public frappé lui aussi par des pathologies chroniques (diabète, cancer, insuffisance cardiaque…) dont la prise en charge exige une dimension éducative… « Notre créneau est de favoriser le suivi de ces patients aux maladies complexes et qui requièrent un parcours de soins adapté. » La file active se compose ici de 3 500 personnes, dont 1 000 sont vues par an. « L’enjeu est non seulement de leur faciliter l’accès aux soins mais également de pouvoir mettre des interprètes LSF à disposition des professionnels de santé », précise Melissa Amic, chargée de projet.

2.Le parler et l’écrit : deux pièges à éviter
À propos de l’aide apportée aux professionnels de santé, l’expérience du Dr Benoît Drion lui a permis de comprendre que deux pièges étaient à éviter. « Les professionnels de santé sous-estiment les difficultés de compréhension des patients sourds. Ils ont l’impression que lorsque ces derniers s’expriment, ils comprennent ce qui leur a été dit alors que ce n’est pas le cas. Il y a un biais de communication… On peut parler de dialogue de sourds car on se retrouve dans une communication à sens unique. » Souvent, une partie du discours est assimilée par le patient, ce qui peut générer « d’incroyables malentendus ». La présence d’un interprète se veut alors indispensable. « Il ne faut pas demander au patient s’il a compris mais ce qu’il a compris et le faire reformuler… »

Vient ensuite la perception de l’écrit « qui ne fonctionne également pas du tout avec la majorité des sourds rencontrés ». « L’écrit est un code conventionnel basé sur le son. Il est très différent de lire du code que de parler une langue. » En revanche, schémas, dessins se révèlent extrêmement utiles pour favoriser la compréhension. « Oui, il faut recourir à l’image, au visuel pour bien préciser les choses. Exemple, si vous dites : « il faut prendre un comprimé après le repas », en raison de la syntaxe de la langue des signes, une bonne partie des patients va comprendre l’inverse. Prendre un médicament, et après le repas. Un petit schéma est indispensable… »
3.Un interprète sinon rien
« Si les moyens ont augmenté, notre activité aussi. En plus, les patients sourds présentent souvent des polypathologies parce que les diagnostics ont été posés tardivement… Certains ont échappé au suivi vaccinal, d’autres ont été frappés par la pénurie de médecins… » Et puis quel docteur, déjà surchargé, investira-t-il son temps pour un patient sur mille en moyenne ? « D’où l’intérêt de notre dispositif. Les interprètes se déplacent chez les généralistes, les spécialistes, les sages-femmes… Notre rôle n’est pas de nous substituer mais de venir en complément, de pallier le manque de langue des signes entre un professionnel de santé et un patient. » Ceux qui ont bénéficié de ce soutien comprennent non seulement sa pertinence, mais en redemandent.

« Le réseau intervient aussi bien en public, clinique ou libéral », glisse Melissa Amic. Les modalités de contact ont été adaptées et sont accessibles aux sourds. Reste un petit hic, « un poste de médecin est toujours ouvert pour compléter mon activité mais nous n’avons pas eu de candidature pour le moment », lâche le Dr Benoît Drion dont les consultations affichent un délai moyen de trois semaines. Armand (prénom d’emprunt), venu de Wattrelos, consulte pour un problème à la main et un « renouvellement d’ordonnance… » « Le suivi de ces patients est primordial. »
Pour réserver un interprète en LSF, 03 20 22 38 03 ; par sms (bien lire par sms), 06 22 38 85 01, accueil_sourds@ghicl.net
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