Pour la première fois, ce dimanche 16 juillet, les Vieilles Charrues proposaient la traduction d’un concert en langue des signes. Une initiative saluée par Justine Thion, festivalière malentendante, qui estime malgré tout qu’il ne faut pas s’arrêter là.
Depuis la plateforme PSH (Personnes en situation de handicap) d’où elle assiste aux concerts, Juliette dispose d’une vue plongeante sur la scène Glenmor des Vieilles Charrues. Ça tombe bien : l’une de ses artistes préférées, la chanteuse Jain, y donne justement un concert. Tout de noir vêtue, la Toulousaine enchaîne ses tubes les plus connus : « Makeba », « Come », « Mr Johnson »… Puis vient le moment d’« Alright », chanson iconique. Dans la foule, chacun retient son souffle dans l’attente du couplet phare. Ce moment où, en l’espace d’une demi-seconde, les vibrations se transforment en explosion : « Là, c’est presque trop fort pour moi », regrette Juliette, sourcils froncés, la main rabattue sur une oreille. « Ce volume, quand on est appareillé, c’est très agressif. »
Assister à un concert ? Un moment… compliqué
Née avec un syndrome provoquant la surdité, Juliette Thion, 33 ans, est sourde à 70 %. Dimanche, la jeune femme, originaire de Locmiquélic, assistait en tant que festivalière aux Vieilles Charrues. Une expérience paradoxalement aussi joyeuse… qu’éprouvante : « À chaque fois, il me faut 24 h à 48 h pour m’en remettre, témoigne la Morbihannaise. Quand on est porteur d’un appareil auditif, on est particulièrement sensible aux sons forts. Quand ça devient trop pénible, j’ai ma technique : je m’éloigne de la musique, je mets des bouchons d’oreilles, je souffle un coup, et je reviens. »
La langue des signes, une fausse bonne idée
Pour améliorer le confort des festivaliers malentendants, le festival traduisait pour la première fois, ce dimanche, un concert en langue des signes. Pour ce faire, le collectif en charge du dispositif, « 10 doigts en cavale », a travaillé pendant plusieurs mois avec le rappeur Soprano pour livrer la prestation la plus fidèle possible. Une initiative plus que louable… si ce n’est qu’elle ne concerne qu’une petite partie de la communauté sourde : « En réalité, seulement 2 % des personnes malentendantes savent signer, clarifie Juliette. Contrairement à ce qu’on pense, la plupart d’entre nous ne sont pas totalement sourds, mais sont appareillés. Par conséquent, la musique, quand elle est très forte, peu endommager notre système auditif. »
Vive les sous-titres !
Un constat qui n’empêche pas la festivalière de saluer le travail effectué par les Vieilles Charrues du point de vue de l’accessibilité : « C’est extrêmement positif qu’il y ait une démarche dans ce sens-là, en particulier dans un festival : d’ordinaire, ce sont des aspects qui sont totalement oubliés des événements culturels, alors qu’ils sont supposés rassembler tout le monde ! Et puis, c’est très bien qu’il y ait une plateforme : ça m’enlève le stress de la foule et des cris. » Le concert idéal, selon elle ? « Un concert avec des sous-titres, lâche-t-elle sans hésiter. Selon moi, c’est ce qu’il y a de plus inclusif : non seulement cela aide 100 % des personnes malentendantes, mais en plus, ça permet de traduire les paroles de l’anglais au français ! »
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