Joignant les gestes à la parole, la conteuse Laurence Durand immerge son public dans l’univers imagé de la langue des signes. Au lycée Kerustum, à Quimper, son travail sur l’oralité a rejoint le projet d’une enseignante.

Comme vous pouvez voir, je signe de temps en temps, car je parle la langue des signes comme votre enseignante», explique Laurence Durand aux élèves de quatrième du lycée de Kerustum de Quimper. Certains d’entre eux se sont en effet déjà familiarisés avec cet autre langage dans le cadre d’un atelier animé par Sandrine Huber-Hamel, leur professeur de français qui est malentendante. «Pour eux, c’est l’occasion de découvrir un autre moyen d’expression. Ça les aide à grandir, à être plus à l’aise dans leur corps. Ils apprennent quelques signes, des expressions du visage, des mimes. Mais je cherche à ce que cela vienne au maximum d’eux, qu’ils se débrouillent pour se faire comprendre», précise Sandrine. Son projet «Liber’té mains» touche des élèves de quatrième, mais aussi de BEP ou de BTS. Le but est de créer, d’ici la fin de l’année, un spectacle associant les marionnettes et la langue des signes.
Des spectacles bilingues
Sandrine, qui suit le travail de la MPT d’Ergué-Armel autour du conte, a eu l’idée de faire appel à Laurence, dont certains spectacles sont accessibles aux sourds. Dans son parcours de conteuse, la langue des signes est venue presque naturellement. «Quand j’étais étudiante, je prenais le train avec des sourds et je les regardais signer. J’ai toujours voulu apprendre leur langue», indique la conteuse. Il y a trois ans, Annaïg Le Naour, traductrice en langue des signes, l’invite à participer à un festival pour les malentendants. Nouveau déclic: elle apprend à signer et découvre un tout autre univers. «J’ai compris que la traduction ne correspondait pas vraiment à la langue des signes. Maintenant, je réfléchis à leur perception. Je ne fais plus de spectacles qui sont traduits mais je cherche à ce qu’ils soient compréhensibles pour les deux». «En langue des signes, on ne raconte pas de la même façon. On met en place le décor, les personnages et ensuite on joue la scène», précise-t-elle. Elle s’est mise à raconter des histoires, il y a dixans, poussée par la conteuse Fiona Macleod et a été encouragée par Henri Gougaud à parler avec les gestes plus qu’avec les mots. «Cela a toujours été ma façon de raconter. Parfois je ne dis rien, mais mon corps parle. Même quand je ne parlais pas la langue des signes, les malentendants me comprenaient», sourit Laurence, dont le nom en langue des signes est: «Laurence humour». Elle le signe d’un geste de la main, en se frottant deux fois le nez avec trois doigts.
Un «cabaret conte» au lycée
Elle a bâti plusieurs spectacles bilingues. Avec Mallorie Fanéon, elle offre un bouquet de contes, un spectacle de rue où deux personnages un peu clowns viennent parler de la société. Avec sa complice Annaïg Le Naour, elle propose également deux spectacles: «Le passage» et «Au pied levé». C’est avec elle qu’elle va d’ailleurs animer le «cabaret conte» en langue des signes, vendredi 3avril au lycée de Kerustum. Le public y est invité à pousser la chansonnette, dire un conte ou raconter une histoire. Un joli moment de rencontre avant le «Rendez-vous contes», programmé samedi 30mai, au Vallon Saint-Laurent, à Quimper. L’équipe de la MPT d’Ergué-Armel y organisera un parcours spécifique pour les malentendants.
Source : http://www.letelegramme.com © 28 Janvier 2009 à Quimper
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