Fin septembre à Lamotte-Beuvron (F), le Vaudois Yves Bula a réussi une double performance. Le cavalier de Pully a non seulement remporté le Championnat du monde de TREC, une compétition dominée par les Français, mais également une victoire sur lui-même, car il souffre de surdité

«Lorsque j’ai appris que j’avais gagné, je me suis demandé si c’était un rêve ou la réalité. Je n’en reviens pas d’avoir battu les Français, qui sont les champions de cette discipline, surtout sur leurs terres. Je suis encore sur un nuage.» Yves Bula n’en est pas encore revenu de sa victoire aux Championnats du monde de TREC. En effet, huit Français suivent le cavalier de Pully (VD) au classement général. Lors de ce championnat l’équipe suisse senior, composée de Chantal Dumauthioz (10e en individuel), Martine Vez, Laetitia Roy et Yves Bula, a décroché une médaille d’argent. Les juniors ont, de leur côté, obtenu une belle troisième place.
Le jeune homme, âgé de 25 ans, a réussi un autre exploit. Seul sourd à participer à cette compétition, il représente désormais un modèle pour toute la communauté des malentendants. «Beaucoup de gens nous perçoivent comme des personnes handicapées, à qui il manque quelque chose. Eh bien non, il ne nous manque rien pour réussir! Peut-être avons-nous même quelque chose en plus, une certaine sensibilité. Je suis très fier d’avoir pu montrer qu’un sourd est capable d’atteindre le plus haut niveau. Mon handicap ne m’empêche pas de réaliser mon rêve d’enfance.»
A l’écoute de sa monture
Yves Bula a découvert la discipline du TREC (voir encadré) en lisant des journaux équestres français. Comme il adore l’équitation, il se décide alors à se lancer dans cette discipline avec son cheval Midway . C’était il y a trois ans.
Depuis, il a rapidement enchaînés les succès, avec notamment une victoire en Coupe de Suisse dès la première année. «Le TREC réunit toutes les disciplines en une seule: saut, dressage, endurance, randonnée. Il faut obtenir la confiance de son cheval pour réussir, c’est un challenge qui me plaît. Les autres concurrents m’ont toujours dit que j’avais une sensibilité plus élevée que la norme, qui me permet d’établir rapidement une bonne complicité avec ma monture. Peut-être est-ce dû à mon handicap? Personnellement, je pense que chacun peut atteindre une meilleure sensibilité. Il suffit d’ouvrir les yeux et d’être à l’écoute de son cheval.»
En autodidacte
Le jeune homme a même participé à certains TREC avec seulement une corde autour du cou de Midway , sans bride. Un sacré exploit! «Je suis un vrai autodidacte. Je ne cesse d’observer les autres cavaliers et d’essayer ensuite de mettre en pratique ce que je vois.»
A ses débuts, Yves Bula a eu quelques difficultés à s’intégrer et à communiquer avec les autres concurrents. Mais il ne voyait pas pourquoi il aurait dû arrêter de concourir à cause de cela. «Maintenant, nous communiquons par la lecture labiale, par des gestes ou en écrivant sur des morceaux de papier. Certains ont appris quelques signes simples. J’espère qu’ils en apprendront encore beaucoup d’autres.»
Au championnat du monde, Yves montait Wind de l’Essert , un cheval de sport CH confié par le vétérinaire Paul Blättler, de Corcelles-près-Payerne (VD). «Midway a maintenant 17 ans et sa forme n’est plus olympique. Wind a reçu un bon dressage, il a un bon coup de saut et il est endurant, autant de qualités importantes en TREC. Mais il n’a pas un caractère facile, il peut être impatient et craintif. Au championnat du monde, il était très excité et voulait foncer. Je crois qu’il voulait me montrer qu’on allait gagner. Je lui ai donné ma confiance et il m’a fait un beau cadeau, la veille de mon anniversaire.»
Aujourd’hui, Yves a rendu son champion à son propriétaire. Il souhaite continuer le TREC, s’il retrouve un autre cheval. En attendant, pour le plaisir, il continue à monter Midway , grâce à qui cette belle histoire a commencé. La passion du cheval continue à l’accompagner au quotidien, puisque ce pépiniériste de formation travaille depuis quelques mois comme ouvrier chez une sellière. «Parfois, je me sens incompris, parce que la culture des sourds est différente de celle des entendants. Mais j’ai la chance de vivre au milieu de ces deux cultures, qui sont chacune belles et riches. Certaines fois, c’est dur pour moi, mais j’ai vécu, je vis et je vivrai avec cela.»
Source : http://www.terrenature.ch © 08 Octobre 2008 à Suisse
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