Exemplaire dans le registre de l’horreur, une opération joliment baptisée Stakhanov a récemment permis de démanteler une organisation ukrainienne qui se livrait à l’«Importation» de sourds-muets venus d’ex-URSS. Sommairement installés dans des hôtels minables ou des campings, quasi-otages, soumis à des pressions psychologiques et, parfois, à des violences physiques, les clandestins devaient acheter à leurs geôliers des «babioles et colifichets», selon les termes fleuris d’un rapport policier, qu’ils revendaient ensuite à la sauvette. Très hiérarchisée avec des chefs d’hôtel, des chefs de ville et des responsables régionaux, l’organisation avait – et a, sans doute, encore – des ramifications en Autriche, en Allemagne, en Espagne, en Grèce et au Portugal.
Service de la police aux frontières (PAF) spécialisé dans la lutte contre les filières, l’Ocriest a saisi 1 million de francs en liquide dans cette affaire, dont l’instruction a été bouclée il y a quelques jours. L’opération, au cours de laquelle une quarantaine de personnes, 10 racketteurs et 30 clandestins, ont été interpellés, illustre bien les difficultés spécifiques que rencontrent les policiers chargés de ces dossiers.
«Dans le temps de la garde à vue, il nous fallait interroger les clandestins sur les traitements qu’ils avaient subis, dit un commissaire. Mais nous avons découvert que le langage des signes n’est pas du tout universel. Vous pouvez imaginer combien il est simple de trouver un interprète pour des sourds-muets russes…»
Source : http://www.marianne2.fr © 27 Novembre 2000
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