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La langue des signes cherche à se faire une place dans l’enseignement supérieur

Langue officielle en France depuis 2005, la langue des signes française demeure encore méconnue aujourd’hui. Si les universités et grandes écoles se mobilisent sur la question du handicap dans l’enseignement supérieur, le sujet de la LSF reste encore en retrait.

L’apprentissage de la langue des signes française (LSF) reste rarissime dans le monde des grandes écoles et des universités. Très peu nombreux sont les établissements qui décident de faire le premier pas pour l’inclusion des personnes sourdes ou malentendantes. Mais les étudiants se mobilisent pour faire bouger les lignes et démocratiser l’accès à la LSF dans leurs études.

Des cours de langue des signes dans les écoles d’ingénieurs

Valentine est élève-ingénieure en deuxième année à l’ESTP (École spéciale des travaux publics) sur le campus de Paris. Membre de l’association humanitaire HILAP au sein de son école, elle cherche à sensibiliser les élèves-ingénieurs à l’apprentissage de la langue des signes. “Nous avons pu monter ce projet grâce au financement du groupe Eiffage. L’année dernière, une vingtaine d’élèves ont suivi des cours avec un professeur malentendant. A la fin de l’année, chaque étudiant a validé un niveau A1.”

Cette année s’est révélée plus compliquée dans la poursuite du projet. Le département des langues de l’école n’a pas souhaité accompagner l’association dans sa démarche. “On s’est interrogé sur la place du handicap à l’école. Mais on s’est débrouillé pour financer un cours de langue des signes par semaine avec la CVEC. Même si normalement elle sert à financer l’ensemble de nos projets”, explique l’étudiante.

Depuis le début du mois, le cours de langue des signes accueille 12 élèves. “Il est possible que si l’école proposait un vrai cours intégré dans notre cursus scolaire, les élèves seraient plus motivés. Cela ne demande pas d’adaptation particulière, seulement du financement.”

A l’initiative et à la demande des étudiants, Mines Nancy a mis en place un cours de langue des signes française. Un groupe d’une quinzaine d’élèves-ingénieurs suit ce cours animé par un enseignant sourd et muet, à raison de deux heures par semaine. Le cours est reconnu comme une LV3 dans le cursus.

“Il était possible de proposer des nouveaux projets l’année dernière. Je me suis dit que l’apprentissage de la langue des signes serait utile avec le problème des masques rencontré depuis la crise sanitaire”, soutient Mathis, élève-ingénieur en deuxième année en génie civil.

Les étudiants imaginent des mises en situation afin d’apprendre la langue des signes. “Le professeur nous explique le vocabulaire et les codes pour savoir comment une personne sourde ou malentendante s’exprime en société.”

Une accessibilité à la LSF inégale dans les universités

Marilyne est actuellement étudiante en M1 Français Langue étrangère option public sourd à l’université de Lille. Après son bac, elle a tenté pendant trois ans les concours d’orthophonie avant de se réorienter en licence en sciences du langage avec un parcours Langue des signes française (LSF). “Ce parcours universitaire était ce qui se rapprochait le plus de l’orthophonie car je suivais des cours de phonétique et de linguistique”, explique-t-elle.

Cette formation a été une vraie révélation pour la jeune femme. “Elle m’a ouvert les yeux sur les problématiques des personnes sourdes et malentendantes. Elles sont invisibles en France.Il y a énormément d’actions qui ne sont pas mises en place pour leur inclusion dans la société.”

Marilyne est membre de la Fédération nationale des associations étudiantes linguistes (FNAEL). L’association a dévoilé cette semaine une contribution sur l’enseignement de la LSF dans l’enseignement supérieur, avec la Fédération nationale des étudiants en orthophonie (FNEO). Cette enquête a été réalisée auprès d’une cinquantaine universités françaises.

Cette étude montre que la langue des signes française reste très peu enseignée : 61% des universités du territoire ne la proposent pas. L’étude révèle également que toutes les formations proposées ne permettent pas d’accéder à une reconnaissance des compétences acquises dans la maîtrise de la LSF. Seuls neuf enseignements permettent une qualification et trois permettent la validation d’ECTS dans le cursus.

Parmi les revendications, les associations demandent notamment la mise en place d’une campagne de sensibilisation de la communauté étudiante à la culture sourde, mais aussi la création d’Unité d’Enseignement Facultative de LSF. Cela aiderait peut-être à combler un retard. On estime que seules 100.000 personnes pratiquent en France la langue des signes française. Pourtant, les personnes malentendantes et sourdes représentent plus de 7 millions de personnes, soit 11,2% des Français.

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