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Jeux paralympiques : une «Marseillaise» en «chansigne» au cœur de la passation entre Tokyo et Paris

Betty Moutoumalaya, une habitante de Seine-Saint-Denis, interprétera l’hymne national en langue des signes ce dimanche 5 septembre, en marge de la cérémonie de clôture des Jeux paralympiques, alors que Tokyo passera le relais à Paris pour la seconde fois.

Thomas Pesquet au saxophone, flûte traversière sur le toit du Stade de France ou violonistes sur les bords de Seine… « la Marseillaise » revisitée et interprétée aux quatre coins de la capitale avait impressionné public et athlètes de retour des Jeux olympiques de Tokyo le 8 août dernier. À l’occasion de la passation de relais entre le Japon et la France, étape de la cérémonie de clôture des Jeux olympiques, le monde entier avait pu découvrir la performance artistique de Paris 2024, à moins de trois ans du rendez-vous.

Bis repetita ce dimanche 5 septembre. Alors que les athlètes de la délégation paralympique auront achevé leur moisson de médailles, le « Live des Jeux » fait son retour au pied de la tour Eiffel sur la place du Trocadéro. Et qui dit nouvelle cérémonie de clôture, dit nouvelle passation et nouvelle performance artistique. Là aussi, « la Marseillaise » sera au cœur de l’évènement. Et on y retrouvera notamment la Francilienne Betty Moutoumalaya, qui habite en Seine-Saint-Denis.

Paroles traduites en langue des signes

Depuis le Musée du Louvre, la jeune femme interprétera l’hymne national, la bouche fermée, avec pour seul moyen de communication et d’expression, son corps. Une traduction de « la Marseillaise » en « chansigne ». Les paroles seront ainsi traduites en langue des signes au rythme de la musique. Une performance inédite pour Betty, qui n’avait à l’origine aucun lien ni attache particulière avec la communauté des sourds et des malentendants.

L’aventure débute il y a une dizaine d’années. « Je suis aussi batteur dans un groupe de musique et un jour, pendant un concert, j’ai remarqué une adolescente dans le public qui regardait le plafond, ses chaussures, à nouveau le plafond… Ça m’a interpellé car la chanson était assez rythmée, tout le monde s’amusait, applaudissait. J’ai appris peu de temps après qu’elle était sourde. Ça m’a complètement bouleversée. J’en ai pleuré car je m’en voulais de ne jamais avoir pensé à cette communauté ».

La native de Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) commence alors à se renseigner sur l’apprentissage de la langue des signes et sur cette communauté « transparente dans la société », selon ses mots. Conseillée par des connaissances, elle rencontre un groupe de sourds et malentendants à Sarcelles (Val-d’Oise), et « apprend sur le tas », avant de prendre des cours auprès d’une formatrice.

«Rassembler les deux mondes»

Depuis, Betty en a fait son métier. Devenue elle-même formatrice, elle multiplie les interventions dans les entreprises, les établissements scolaires, les mairies. Elle a aussi créé depuis un an, une plate-forme de cours en ligne. Son objectif ? « Rassembler les deux mondes, pour qu’il n’y ait plus d’un côté les sourds et de l’autre, les entendants, insiste-t-elle. Je veux qu’un maximum de personnes entendantes soient en mesure de pratiquer la langue des signes et connaissent la culture sourde, car oui, elle existe ! ».

À l’approche du rendez-vous mondial que représente Paris 2024, Betty a alors décidé de contacter l’organisation, avec le même objectif : favoriser l’inclusion des sourds et malentendants. « Je me suis rendue à Vaires-sur-Marne, à proximité de la base nautique où se tiendront plusieurs épreuves des Jeux. J’ai réalisé une vidéo en interprétant « la Marseillaise » en « chansigne ». C’est mon père qui a filmé », s’amuse-t-elle. Une réalisation maison qui a rapidement porté ses fruits, alors que Betty espérait surtout faire partie du projet en 2024. Emballée, l’organisation des Jeux l’a rapidement contactée.

Une performance qui a nécessité de nombreux entraînements

« J’ai été tout de suite marqué par sa capacité à transmettre des émotions sans un mot », raconte Tony Estanguet, président de Paris 2024. Il poursuit : « l’inviter à participer à la cérémonie était une évidence. Son interprétation qui sera diffusée devant des millions de téléspectateurs à travers le monde, est une performance à l’image de notre ambition pour Paris 2024 : un projet ouvert à la participation du plus grand nombre, une fête dont tous les Français pourront être les acteurs ». Essais, entraînements, coaching, demandes de conseils auprès des premiers concernés, Betty Moutoumalaya a multiplié les entraînements pour parfaire son interprétation.

À quelques jours de la cérémonie de clôture, la jeune femme trépigne d’impatience. « J’essaie d’imaginer, les retombées positives. J’ai envie que ça fasse tilt dans la tête des gens et que ça leur donne envie d’apprendre, enfin ! Même si ce ne sont que les bases. J’aimerais que la France et le monde entier soient sensibilisés ».

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