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Sourde, elle vit un « cauchemar » depuis le début de la pandémie de Covid-19

Entendante de naissance, Marie Rivereau est aujourd’hui sourde sévère profonde à 90 %. Appareillée à ses neuf mois, elle parvient à comprendre ses interlocuteurs grâce au son, mais aussi et surtout grâce à la lecture labiale. Problème : depuis le début de la pandémie, les masques rendent ses interactions très compliquées, et lui font vivre un « cauchemar ».

Plus que personne, elle espère que le coronavirus ne sera bientôt plus qu’un lointain souvenir. Marie Rivereau a 26 ans. Sourde sévère profonde à hauteur de 90 %, elle est appareillée depuis ses neuf mois. Pour échanger avec le monde qui l’entoure, elle associe son et lecture sur les lèvres de ses interlocuteurs.

« J’acquiesçais mais je n’entendais rien »

Mais depuis le début de la pandémie et l’apparition des masques, son quotidien est un « cauchemar ». Son diplôme de conseillère en économie sociale et familiale obtenu fin 2019, elle travaille depuis à l’espace socioculturel de Candé (Maine-et-Loire), où elle propose des activités aux séniors.

« Je demandais à mes collègues d’enlever leurs masques, se souvient-elle. Avec les seniors, j’acquiesçais mais je n’entendais rien. C’était horrible. »

Dans la vie de tous les jours, tout était aussi très compliqué. « J’étais obligée de dire aux gens d’enlever le masque. À la boulangerie, à la pharmacie… Partout. J’étais usée. Tout me ramenait à mon handicap, et je me suis rendu compte que contrairement à ce que je pensais, je ne l’avais pas complètement accepté. »

« Au début, en mars 2020, je ne sortais pas, se remémore-t-elle. Quand je suis sortie pour la première fois après plusieurs semaines, je suis rentrée et j’ai dit à mon copain que j’avais l’impression qu’on m’avait assommée. Je lui ai dit que je ne savais pas comment j’allais faire. »

À 26 ans, Marie Rivereau consacre beaucoup de son temps à sa passion : le saut à la perche.

« Fatiguée »« usée », Marie consulte un médecin qui l’arrête une semaine, début novembre 2020. « Au début ça allait, je pensais que ça n’allait pas durer. Mais à l’automne, quand j’ai vu que ça repartait, je n’en pouvais plus. »

Plusieurs mois après avoir réclamé des masques transparents, sa demande est enfin entendue, à son retour d’arrêt maladie. Mais à leur arrivée, mauvaise surprise. « Finalement, ça va 30 minutes mais au-delà, ça devient vite compliqué. La buée rend difficile voire impossible la lecture labiale, et le masque coupe le son. »

Phobie scolaire

Depuis, rien n’a changé. « J’attends avec impatience le moment où les masques ne seront plus obligatoires », glisse-t-elle. « Parce que les gens oublient que tu es sourde », ajoute l’intéressée.

Elle évoque aussi sa phobie scolaire et sociale. « Ça m’a gâché mon enfance. J’étais le regard des autres. C’était comme un deuxième handicap, avoue-t-elle, après s’en être sortie grâce à des professionnels de santé et son entourage. « Même pire que le premier. » Et rebondit sur son problème de confiance en soi : « Comment peux-tu avoir confiance en toi quand on te demande d’intervenir et que tu n’as rien entendu ? C’est comme s’il te manquait une partie de l’histoire. Des fois tu as entendu la moitié des mots, et tu joues aux devinettes. Et c’est encore plus vrai aujourd’hui, avec les masques. »

Celle qui dit avoir « besoin d’air » trouve son bonheur dans le saut à la perche, sa passion. Son emploi à mi-temps lui permet d’avoir du temps libre pour s’entraîner et sauter. « Avec mon handicap, je me sens inférieure. Et avec la perche, quand je franchis une barre, je me dis que je ne suis pas si nulle que ça. »

Source Ouest-France - 27 Juillet 2021
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