Le portail d'information sur les sourds et langue des signes
<> <>
Hauts de Seine Habitat

En Argentine, nouvelles comparutions dans l’affaire des viols d’enfants sourds et muets commis par des prêtres

Le procès de deux religieuses et de sept autres femmes, poursuivies pour complicité dans l’affaire des viols commis entre 2004 et 2016 par deux prêtres sur des enfants sourds-muets de l’institut argentin Provolo, s’est ouvert virtuellement lundi 3 mai. Une centaine de témoins devraient être entendus au cours des six prochains mois.

Le scandale ne cesse d’éclabousser le pays du pape François. Lundi 3 mai, s’est ouvert en Argentine le procès, très attendu, de deux religieuses et de sept autres femmes, poursuivies pour complicité, corruption de mineurs – et même, pour l’une d’elles, pour abus sexuels aggravés – dans l’affaire des viols commis par deux ex-prêtres sur des enfants sourds et muets de l’institut Antonio Provolo de Mendoza, au pied de la Cordillère des Andes.

C’est en effet entre les murs de ce pensionnat de briques, accueillant gratuitement en semaine des élèves souffrant de handicap et issus de milieux sociaux modestes, qu’Horacio Corbacho et Nicola Corradi ont sévi entre 2004 et 2016, auprès de victimes âgées de 4 à 17 ans. En 2019, à l’issue d’un procès à huis clos mais au retentissement mondial, les deux hommes avaient déjà été condamnés à plus de 40 ans d’incarcération.

Aussi sordides que tragiques, les sévices relatés témoignaient du véritable enfer vécu par plusieurs dizaines de filles et de garçons : viols, flagellations, tortures, pratiqués parfois à plusieurs. Un enfer aggravé par les difficultés, pour les enfants sourds et muets, de se faire comprendre par leurs parents. Un obstacle aussi pour la justice, qui avait dû avoir recours à des interprètes pour recueillir leurs déclarations.

« Complicité »

Dans le sillage de ces sombres révélations, de nouvelles enquêtes avaient été ouvertes en 2019, visant une religieuse paraguayenne de 53 ans, une psychologue, une cuisinière, quatre directrices et la représentante légale de l’institution. Celles-ci comparaissent, depuis lundi 3 mai, pour « corruption de mineurs »et « complicité ». Une autre religieuse japonaise, âgée de 46 ans, est elle-même poursuivie pour « abus sexuels aggravés ».

Selon une source judiciaire locale, les prévenues – qui comparaissent libres, à l’exception de la sœur japonaise assignée à résidence – ne sont pas présentes à l’audience, virtuelle à cause de la pandémie. « Les faits ont existé, ils sont prouvés », a réagi, au premier jour du procès, Ariel Lizarraga, le père d’une plaignante de 29 ans, auprès de l’AFP, « [les encadrants de l’institut] ont tout couvert, ils ont interdit [aux pensionnaires] d’apprendre la langue des signes, pour que ça ne se sache pas. »

« Expectative »

« Les familles sont dans l’expectative », a aussi expliqué à l’AFP Erica Labeguerie, sœur de Claudia, victime aujourd’hui âgée de 27 ans. Ses proches, comme le reste des plaignants, espèrent « que la justice sera à la hauteur, comme elle l’a été en 2019, car [les deux prêtres] n’étaient pas seuls : sans ces personnes [co-accusées, NDLR], rien n’aurait été possible ».

L’affaire comporte bien des zones d’ombre, jusqu’au Vatican. Originaire d’Italie, Nicola Corradi, 83 ans, est en effet arrivé en Argentine en 1970 en provenance de l’institut Provolo de Vérone, secoué par un scandale similaire de pédophilie. Lors du procès de 2019, les associations de victimes ont affirmé que ses abus auraient commencé lorsqu’il était à Vérone, raison pour laquelle il aurait été transféré en Argentine.

À son arrivée en Amérique latine, il aurait d’abord récidivé à l’institut Provolo de La Plata, près de Buenos Aires, avant de rejoindre Mendoza. Ces affirmations n’ont pas été confirmées par le Vatican, qui a précisé que le père Corradi n’avait fait l’objet d’aucune plainte devant la justice à l’époque. L’Église a ouvert une enquête canonique en 2017, toujours en cours. L’avocat d’une partie des victimes, Lucas Lecour, a déploré que l’institution ait « refusé de partager les détails de son enquête » avec la justice argentine.

« Silence »

Les avocats des parties civiles accusent également François d’avoir protégé les ex-prêtres, lorsqu’il était archevêque de Buenos Aires. Le cardinal Jorge Bergoglio n’a toutefois été nommé à ce poste qu’en 1998, soit deux ans après l’arrivée de Nicola Corradi dans le diocèse de Mendoza. Mais des témoignages sont aussi apparus dans les médias en mai 2014, soit plus d’un an après son arrivée sur le siège à Rome.

Dix-sept victimes, dont des anciens des instituts Provolo, ont alors dénoncé à la télévision des actes subis par des prêtres pédophiles, ainsi que le silence de l’Église. Sans réaction de la part des autorités ecclésiastiques, des lettres auraient été envoyées par l’association de victimes L’Abusoen 2014 au Vatican et au pape. Or Nicola Corradi est resté en place jusqu’à son arrestation, en novembre 2016.

Source La Croix - 4 Mai 2021
Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.