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Hauts de Seine Habitat

Épinal : les enfants sourds au cœur d’un modèle éducatif inclusif

Depuis quarante deux ans, l’école élémentaire Paul-Émile-Victor, située à Épinal, accueille les enfants atteint de surdité. Regroupés avec d’autres élèves dans une classe ULIS, ces jeunes échangent au quotidien avec leurs pairs grâce à la langue des signes. De quoi favoriser leur inclusion et leur autonomie.

Immersion dans la classe ULIS d’Arnaud Sustersic qui accueille des enfants ayant des troubles auditifs. Photo VM /Jérôme HUMBRECHT

Il est 8 h 30 et les derniers élèves font leur entrée dans la salle de classe d’Arnaud Sustersic. Ils ont entre 5 et  ans et observent avec attention leur professeur, qui s’apprête à démarrer son cours, non sans une certaine spécificité. Ce matin, comme les autres jours d’école de l’année, le professeur commence par échanger non pas de manière verbale avec ses élèves, mais de façon gestuelle, grâce à la langue des signes. Une manière de s’adapter aux quatre élèves sourds ou malentendants qui composent cette classe de l’école Paul-Émile-Victor. La seule au niveau départementale qui accueille les jeunes sourds, une classe dite ULIS et au sein de laquelle évoluent aussi des enfants atteints de troubles DYS.

Inclusion

Mais ces élèves qui profitent d’un enseignement adapté, en petit groupe, bénéficient aussi de temps d’inclusion dans des classes ordinaires. « C’est ce qu’on appelle l’école inclusive, résume le professeur, et c’est intéressant pour eux car ils se confrontent à d’autres interlocuteurs et exigences et deviennent ainsi de plus en plus autonomes ». Car il s’agit bien là de la mission première de cet enseignant qui, tout au long de l’année, travaille avec ses onze élèves à l’apprentissage d’une langue de communication pour tous, ici la langue des signes, ainsi qu’à la lecture. « Ça leur permet de se construire, d’échanger et de grandir », assure le professeur.

ÉPINAL le 30/04/2021 : Initiation à la langue des signes avec une classe de la maternelle Paul-Emile-Victor.   

Mais au sein de l’école, d’autres enseignants ont aussi décidé d’enseigner la langue des signes , comme Pauline Henry, professeur de maternelle. « Ils retiennent tout et apprennent très vite. L’idéal serait de le généraliser, car c’est toujours un plus pour eux », confie l’enseignante.

Projet d’avenir

Ce que confirme Frédérique, une ancienne élève d’Arnaud Sustersic qui, ce vendredi, a décidé de rendre visite aux écoliers, comme le font régulièrement les anciens élèves de l’école. « Je suis DYS et comme les élèves sourds, j’ai appris la langue des signes et j’en suis très contente. Ce n’était pas si compliqué et je sais que cela pourra me resservir », rapporte la jeune femme qui, aujourd’hui, effectue un BTS en aménagements paysagers. De quoi ravir le professeur car ces visites apportent de l’espoir aux jeunes qui auraient du mal à se projeter dans l’avenir. « Quand on a des anciens élèves qui viennent et leur disent qu’ils font des études, qu’ils ont un emploi, ça leur ouvre leur champ de perspectives. Ce sont des modèles, des adultes accomplis qui, il y a quelques années, étaient à leur place, sur ces chaises », se réjouit le professeur.

Dans la salle de classe, Frédérique retrouve vite de vieilles habitudes. Assise auprès des élèves, elle n’hésite pas à leur apporter un coup de main. Une entraide et un soutien à l’autre qui sont très présents dans ces classes. Il suffit d’observer Louis*, qui, de son plein gré, n’hésite jamais à aider Paul*. « C’est naturel chez eux », confie le professeur, et c’est ce qui fait, sans aucun doute, la beauté du geste.

* Les prénoms ont été modifié

Un enseignement rendu compliqué par le port du masque

Ce n’est déjà pas simple pour eux et la Covid n’a rien arrangé. Avec la généralisation du port du masque , les enfants qui souffrent de surdité doivent faire face à de nouvelles difficultés. Car, en toute logique, un visage masqué, c’est un visage où l’on ne peut lire sur les lèvres, ce qui rend donc la compréhension difficile. « Heureusement, en tant que professeur, nous avons des masques transparents, et donc inclusifs , afin que les élèves puissent bénéficier de la lecture labiale, mais ça reste compliqué », déplore Arnaud Susteric, l’enseignant en charge de la classe ULIS TFA de l’école Paul-Émile-Victor, l’unité dédiée aux enfants sourds et malentendants. Comme il l’explique, ce type de masque « provoque très rapidement, en quinze minutes à peine, de la buée et de la condensation, malgré les ouvertures et les aérations ». Dès lors il devient impossible pour les élèves de discerner le mouvement des lèvres du professeur, qui, de fait, doit en changer très régulièrement. Plus problématique, les élèves ne disposent toujours pas de ce type de masque, ce qui ne simplifie donc pas les échanges entre eux. Heureusement pour eux, il reste la langue des signes. Une langue que les onze élèves de cette classe, sourds ou non, apprennent jour après jour.

Source Vosges Matin - 1 Mai 2021
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