Le portail d'information sur les sourds et langue des signes
<> <>
Hauts de Seine Habitat

L’école d’Arlanc (Puy-de-Dôme) organise des ateliers de langue des signes, alors que des élèves connaissent la surdité dans leur famille

À l’école d’Arlanc (Puy-de-Dôme), plusieurs élèves sont confrontés à la surdité dans leur entourage. L’établissement propose des ateliers de découverte de la langue des signes pour sensibiliser ces futurs citoyens à la différence.

Dans un silence presque de cathédrale, Irène Pierre enchaîne les signes devant les élèves de CM2 de l’école publique d’Arlanc, ce mardi après-midi. Après l’incontournable “bonjour”, répété habilement par les enfants assis devant elle, l’intervenante commence son cours. Pour ce deuxième atelier, place aux pièces de la maison. À tour de rôle, les élèves apprennent à dire maison, chambre, salon, garage, toilettes… En langue des signes.

Durant une heure, la présidente de l’association ambertoise « Nos mains parlent » va multiplier les signes, mais aussi répondre aux nombreuses questions des élèves. Quelle est l’histoire des sourds ? Est-ce une maladie ? Y a-t-il une grammaire ou une conjugaison en langue des signes ? Est-ce qu’il y a un signe pour dire Covid-19 ?

« Éviter des moqueries ou des incompréhensions »

Ces ateliers de découverte de la langue des signes française (LSF) sont inédits à l’école publique d’Arlanc. Les 130 élèves, de la petite section au CM2, sont concernés par cet apprentissage. En plus d’un « projet d’école » sur les cinq sens cette année, le directeur et le corps enseignant ont en effet voulu « sensibiliser » les enfants sur un sujet qui concerne directement plusieurs d’entre eux (voir ci-dessous) :

« Nous avons trois élèves qui sont confrontés à la surdité. Soit parce que leurs parents ou un proche sont sourds, soit parce qu’ils sont appareillés. On sait que ça peut engendrer des problèmes au quotidien, à l’école. Et pour éviter des moqueries, des incompréhensions, on s’est dit que ces ateliers étaient une bonne solution. »

GILLES CORNET (Directeur de l’école)

En plus de ces notions sur la LSF, un autre intervenant, aveugle, viendra lui aussi faire découvrir le braille aux élèves prochainement.

Découverte de la langue des signes à l’école d’Arlanc avec Irène Pierre.

Montrer que la langue des signes « est une vraie langue », la démocratiser et la rendre concrète, voilà l’objectif d’Irène Pierre, sophrologue de métier, lors de ces ateliers. « Quand vous communiquez avec une personne sourde, c’est très important de regarder la personne. Car on signe avec tout le corps, les mains, le visage. On ponctue avec les expressions du visage, on hausse les sourcils etc. Comme les mots sont précis, les signes doivent l’être aussi », explique-t-elle devant la classe.

Interprète ou interface de communication ?

Irène Pierre n’est pas une interprète. Il faut une formation universitaire pour cela. Et contrairement à son intitulé, l’interprète « traduit sans se mêler de l’échange », explique-t-elle. Irène se désigne comme une « interface de communication » : elle n’a pas de formation mais doit posséder un niveau de LSF suffisant. Par ailleurs, l’interface peut avoir un rôle social et, si nécessaire, changer un mot pour un autre tout en gardant le sens exact de l’échange.

Pour cette Parisienne devenue Ambertoise, qui a appris la langue des signes il y a plus de vingt ans car elle trouvait « cette langue fabuleuse » – et non parce qu’elle avait des personnes sourdes dans son entourage –, l’envie de transmettre est décuplée devant les enfants. « Ils sont passionnés et attentifs, c’est très important de faire cette découverte avec eux », pointe-t-elle, alors que les personnes sourdes sont encore trop souvent ignorées dans la société. Une situation contre laquelle elle se bat à l’aide de son association, créée en 2001. Et qu’elle résume ainsi :

Les sourds ne sont pas à plaindre, ce sont les entendants qui sont à blâmer. 

Contact. Irène Pierre lance un appel à d’autres établissements scolaires ou Relais d’assistants maternels qui seraient intéressés pour des ateliers de langue des signes. La contacter au 06.80.84.19.55.

Une maman fière de « cette ouverture d’esprit »

Emmanuelle est la maman d’Élisa, une élève de CE1 à l’école primaire publique d’Arlanc. Avec son conjoint, ils sont tous les deux sourds, alors que leurs deux filles sont entendantes.

La mise en place de ces ateliers de découverte de la langue des signes à l’école est saluée par cette mère de 37 ans, qui habite Arlanc depuis plusieurs années. « Ça me fait plaisir et ça me touche, ce serait bien que tout le monde connaisse les signes de base », explique-t-elle par le biais d’Irène Pierre, qui intervient en tant qu’interface de communication et aide cette famille au quotidien, pour l’administratif par exemple.

Élisa a très vite appris à signer, « dès l’âge de deux ans », affirme Emmanuelle, qui voit la fierté de sa fille d’apprendre à ses camarades quelques signes, depuis le début des ateliers à l’école. « C’est une ouverture d’esprit pour les enfants. Quand ils seront en vacances ou hors de l’école, ils pourront communiquer, aider, renseigner. C’est très important », conclut la mère de famille.

Source La Montagne - 2 Avril 2021
Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.