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Hauts de Seine Habitat

Le calvaire des personnes malentendantes coupées du monde à cause du masque

Pour les personnes sourdes ou malentendantes, le port du masque est un réel problème. À cause de lui, impossible de lire sur les lèvres ou de voir les expressions du visage.

e port du masque au quotidien n’est facile pour personne mais il l’est encore moins pour les personnes sourdes ou malentendantes. « Pour une personne malentendante, lire sur les lèvres ou voir les expressions du visage est primordial pour communiquer », explique Anita Prido, l’animatrice du café signe à Laon.

Depuis plusieurs années, cette accompagnante d’élèves en situation de handicap dans un lycée professionnel aide quotidiennement dans leurs scolarités deux adolescents malentendants. « Comprendre ce que disent leurs professeurs est déjà compliqué pour eux en temps normal, là c’est impossible. Je n’ai pas le choix, je dois tomber le masque tout en gardant une distance de sécurité pour leur traduire les cours. Pour cela ils ont besoin de voir mes lèvres et mon visage. »

Le masque, s’il sert à protéger les personnes, peut aussi se révéler être un véritable obstacle de communication comme en témoigne Pascal. Ce quinquagénaire malentendant a attrapé le coronavirus en mars dernier. Gravement atteint par la maladie, il a dû être hospitalisé à Saint-Quentin, puis a été plongé deux mois dans le coma au centre hospitalier d’Amiens avant d’entreprendre une rééducation à Saint-Gobain. Dans ces trois établissements, aucun salarié n’était formé au langage des signes. Tous portaient le masque et ont refusé de l’enlever pour pouvoir communiquer avec Pascal qui souhaitait lire sur leurs lèvres. Isolé, sans interprète, ne pouvant entendre ce qu’on lui disait, l’homme s’est senti perdu, plus seul que jamais. « Heureusement que j’arrive à parler, sinon je ne sais pas comment j’aurai fait pour leur expliquer mes symptômes. Par contre, moi, je ne savais pas ce qu’on me faisait, je ne comprenais pas pourquoi ma femme et mes enfants ne venaient pas me voir, j’étais perdu. Je n’en veux pas aux personnels soignants mais j’ai vécu un enfer à cause de ces masques ».

Un logiciel de transcription instantanée

Jérôme, lui, n’a pas la chance de pouvoir s’exprimer oralement. Aussi, pour réussir à communiquer, le jeune homme n’a eu d’autres choix que d’utiliser une application mobile qui retranscrit les paroles instantanément. « Je travaille dans une grande surface soissonnaise. Quand les clients viennent me voir, je ne peux plus lire sur leurs lèvres, je leur demande donc de parler dans mon téléphone, je lis ce qui s’inscrit et je réponds par écrit. C’est le seul moyen que j’ai trouvé pour dialoguer ». Un système D qu’il utilise dans son travail mais aussi dans sa vie quotidienne, lorsqu’il se rend dans un commerce par exemple. Acheter une simple baguette de pain peut être très compliquée. « Certains commerçants acceptent de retirer leurs masques quand ils voient que je suis sourd, mais pas tous. », raconte-t-il en langage des signes traduit par Marine Haulin Choppin, éducatrice spécialisée et interface de communication dans un institut spécialisé pour les enfants sourds. Elle aussi vit au quotidien la galère du port du masque pour les malentendants. «  Pour les enfants, c’est terrible. Comment leur signer une histoire sans mimer l’expression des personnages ? », se demande la jeune femme qui attend avec impatience l’arrivée de masques transparents promis par le Gouvernement. « S’ils sont de bonne qualité, cela peut être une solution », admet-elle.

Une solution qui, s’il est vrai qu’elle aura le mérite de contenter les élèves, « ne solutionnera pas les problèmes quotidiens de tous les sourds malheureusement », souligne Jérôme qui a déjà parlé de ces masques à son employeur. Mais pour améliorer son quotidien ainsi que celui de ces deux collègues malentendants, il faudrait que tous ses coéquipiers en soient équipés. Impossible lui a déjà signalé son patron, ces masques sont bien trop chers à l’achat.

Seule solution trouvée par Anita Prido pour sortir de cette situation inextricable, « il faudrait que la langue des signes soit apprise par tous dès le plus jeune âge. Cela rendrait la vie des malentendants tellement plus facile ». Le retour du café signes à Laon

Après plusieurs annulations à cause de la crise sanitaire, le café signe a pu reprendre ses rendez-vous mensuels au Franco-Belge. Sourds, malentendants mais aussi personnes entendantes échangent entre elles chaque deuxième vendredi de chaque mois à partir de 18 heures. « Nous sommes contents car de plus en plus d’entendants viennent à ces rendez-vous et s’intéressent à la culture sourde », se réjouit Anita Prido, l’animatrice. L’entrée est libre mais pour des raisons sanitaires, si vous souhaitez rester dîner, il est préférable de s’inscrire au préalable sur le site Facebook de l’association.

Source L'Union - 18 Septembre 2020
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