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Hauts de Seine Habitat

« Nous étions déjà malentendants. Avec le masque, nous devenons sourds »

À Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor), l’association La Bande Son accompagne les personnes malentendantes. La crise sanitaire a mis en sommeil les activités de la structure. La présidente, Chantal Vaillant, et Alexia Lemercier, nouvelle adhérente, livrent leur regard.

La Bande Son, c’est son nom. Depuis octobre 2018, la section costarmoricaine de l’Association de réadaptation et défense des devenus sourds (ARDDS22) l’a choisi. «  Nous comptons 25 adhérents, la plupart sont de Saint-Brieuc ( Côtes-d’Armor) », présente la présidente, Chantal Vaillant. Ils sont âgés de 28 à 84 ans. La plus jeune est donc Alexia Lemercier, arrivée à la rentrée.

Elle ne connaît pas encore tous les membres, puisque la pandémie a eu raison des activités de l’association, des ateliers de lecture labiale et des groupes de parole. Un espace où les malentendants peuvent dialoguer librement. Ce sera pour bientôt, espère Alexia Lemercier, dont la malentendance a été diagnostiquée à l’âge de 4 ans.

Elle se lance dans la généalogie

La Briochine a créé son autoentreprise dans la généalogie professionnelle, en octobre 2020. Un lancement pas évident, en pleine crise sanitaire. « Je me déplace chez les clients, je consulte les archives en ligne », détaille la Briochine, derrière son masque transparent en plastique rigide, qui recouvre intégralement le nez et dont les branches sont similaires à celles d’une paire de lunettes.

« Je fais 50 % de lecture labiale »

Pour faciliter les échanges, elle est équipée d’une boucle magnétique individuelle portable (dispositif de transmission audio par voie électromagnétique). « Ce n’est pas facile de comprendre les clients qui n’ont malheureusement pas de masque transparent. J’assimile une partie auditive et je fais 50 % de lecture labiale », reprend Alexia Lemercier.

« Le badge “Je lis sur les lèvres” devrait être porté par tous les malentendants », plaide Alexia Lemercier. |

Une posture qui demande de la concentration et de l’attention en permanence. « C’est épuisant pour les travailleurs », confirme Chantal Vaillant. « Tous les malentendants devraient porter un badge “Je lis sur les lèvres”. Il faudrait lancer une campagne de sensibilisation sur les masques traditionnels et transparents », plaide l’entrepreneuse, qui a développé ses propres méthodes d’interprétation, quand elle se trouve dans les magasins. « J’essaie de compenser le bas du visage par le haut. Ça me permet de deviner des choses. Dans les supermarchés, c’est assez bruyant. Les courses en drive et à distance, c’est plus simple. » Alexia Lemercier est très observatrice.

« Parler fort ne sert à rien »

« Quand il le faut, je dis que je suis une personne malentendante. » Dans sa vie de retraitée, Chantal Vaillant, 77 ans, s’adapte également. « J’étais psychanalyste à l’hôpital, en pédopsychiatrie, et en libéral. Mon hypoacousie a été identifiée quand j’avais 59 ans. Je suis équipée d’appareils contour d’oreille. »

Elle aussi lit sur les lèvres, « depuis toute petite ». Elle rappelle des recommandations : « Il faut regarder le locuteur en face et bien articuler. Parler fort ne sert à rien. » Les SMS, les mails, l’application WhatsApp, sont des outils sur lesquels les malentendants s’appuient beaucoup.

« Un handicap invisible »

« Les sourds sont de très grands bavards. Ils sont dotés d’une oreille attentive », décrit la psychanalyste. Un de ses chevaux de bataille est le développement de l’installation des boucles à induction magnétique dans les équipements publics. « Depuis la loi de 2005, on se bat pour une meilleure accessibilité. » La malentendance reste « un handicap invisible ». « Nous étions déjà malentendants. Avec le masque, nous devenons sourds. »

La Bande Son , mail : section22@ardds.org ou tél. 06 88 73 45 81.

Source Ouest-France - 11 Mars 2021
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