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Covid à Montpellier : à Joffre, le masque complique l’enseignement destiné aux élèves sourds malgré les efforts du lycée

Comment suivre une scolarité normale à l’heure des masques anti-Covid quand on est malentendant et que le sens de la conversation se perd sans l’expression des visages ? Le lycée Joffre à Montpellier, l’un des 3 en France à inclure des élèves sourds, adapte l’enseignement pour éviter le décrochage.

Depuis la rentrée de septembre, le lycée Joffre de Montpellier a fait le choix de maintenir tous les cours en présentiel pour éviter le décrochage de ses 21 élèves sourds et malentendants. C’est l’un des 3 en France leur permettant de suivre un cursus classique inclusif jusqu’au bac. Mais face à l’obligation du port du masque, le dialogue avec ces jeunes (qui s’expriment pour la plupart en langue des signes) et leur compréhension des enseignements sont perturbés. Car le sens de la conversation se perd sans l’expression des visages.

Des masques transparents peu adaptés

Evelyne Das Neves, professeur de l’Education nationale qui leur enseigne la spécialité Humanités/Littérature/Philosophie avec l’aide d’une interprète, a pourtant vite abandonné le masque transparent, tout comme ses élèves. Ce masque dit “inclusif” n’est plus aujourd’hui porté que par la traductrice. L’enseignante explique :

Les masques inclusifs sont assez difficiles à porter parce que quand on parle longtemps il y a beaucoup de buée, ça coule à l’intérieur. Mais les masques opaques aussi ont leurs inconvénients : je dois articuler davantage, l’interprète me demande de répéter souvent, ça ralentit le rythme du cours.

Evelyne Das Neves,

professeur de spécialité Humanités/Littérature/Philosophie

Des échanges compliqués avec les entendants

C’est encore plus complexe dans les matières où ces lycéens sont mélangés à leurs camarades entendants. C’est le cas de Nina Moufflet par exemple. Dans sa spécialité de Terminale Sciences Economiques et Sociales, il lui est difficile de suivre les échanges sans la possibilité de lire sur les lèvres. Et quand elle discute avec ses amis, comprendre ce qu’ils ressentent est compliqué.

Abdel-Samad Yakoubi, élève de Terminale spécialité Maths/Sciences et Vie de la Terre qui s’exprime à l’oral, confirme cette difficulté de communiquer en l’absence de lecture labiale. Ses efforts de compréhension génèrent une plus grande fatigue en fin de journée.

Une heure de soutien individuel par matière

La proviseure du lycée Joffre, Catherine  Gwizdziel, a donc renforcé l’accompagnement des élèves sourds : “On a renforcé l’horaire en faisant une heure de soutien individuel par matière pour réexpliquer qui aurait été moins compris en cours“.

Une entreprise du Biterrois leur a aussi confectionné des visières. Mais ce dispositif anti-coronavirus n’est pas homologué pour l’Education nationale. Les professeurs ont dû repenser leurs méthodes, à l’image de Julien Daubèze, professeur de spécialité Mathématiques du Centre d’Education Spécialisé pour dysphasiques et Déficients Auditifs (CESDA 34). Il pratique la langue des signes, mais ça ne suffit pas. Il a donc réduit son temps de parole au profit de l’expression écrite sur un tableau numérique.

L’expression faciale, élément essentiel de syntaxe en langue des signes

Car comme l’explique Daphné Chamvoux, élève de Terminale spécialité Maths/Humanités, Littérature, Philosophie, si le contexte est compris, grammaticalement l’expression du visage n’est plus là pour marquer la syntaxe de la langue des signes :

Quand une personne signe, elle utilise ses expressions du visage. On en a besoin, ça fait partie de la langue, comme le mouvement du corps. Alors quand on a un masque couvrant, c’est comme s’il y avait une entrave à la compréhension globale, une obstruction des émotions et du sens.

Daphné Chamvoux,

élève de Terminale spécialité Maths/Humanités, Littérature, Philosophie

Malgré tout, les élèves sourds du lycée Joffre se disent heureux de pouvoir venir dans l’établissement tous les jours. Ceux de Terminale aimeraient simplement, comme tous les jeunes, être rassurés sur leur avenir après leur bac, alors que la pandémie de Covid-19 sévit de plus belle.

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