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Mahmoud Ouedraogo (interprète en langue des signes) : « que les autorités reconnaissent la langue des signes comme une langue officielle »

Mahmoud Ouedraogo Issiaka est un jeune Ivoirien. Il n’a pas eu la chance d’aller à l’école mais son engagement aux côtés des personnes handicapées auditives lui a permis d’apprendre la langue des signes. Il est même titulaire d’un certificat en langue des signes. Dans cet entretien, il parle de son engagement aux côtés des personnes sourdes et plaide pour que la langue des signes soit reconnue officiellement.

Comment êtes-vous devenu interprète en langue des signes ?

Mahmoud Ouedraogo Issiaka : J’ai choisi d’être interprète car j’ai constaté que les personnes sourdes avaient des difficultés pour s’intégrer dans la société et on ne les prenait pas en compte dans certaines décisions en leur faveur à cause de leur handicap invisible. Même quand ils sont associés à un événement, leur besoin spécifique n’est pas respecté c’est-à-dire qu’on n’associe pas les interprètes pour faciliter leur accessibilité. Je Ne suis pas allé à l’école mais j’ai appris l’interprétariat en langue des signes sur le tas grâce à des amis sourds. Il faut dire que j’ai appris la langue des signes à l’église CMA du Plateau-Dokui et j’ai un certificat en langue des signes.

Votre parcours en tant que interprète en langue des signes.

M.O.I. : Depuis 2015 je suis le vice-président et interprète de L’Association des sourds muets musulmans de Côte d’Ivoire (ASMCI). Mon engagement m’a permis d’intégrer plusieurs structures et de faire intégrer cette association dans ces structures la notamment, le Conseil national des jeunes de Côtes d’Ivoire (CNJCI), Vice-président de l’association des interprètes en langues des signes d’Afrique (AILSA-CI), le Réseau jeunesse paix et sécurité de UNDESA-CI, le Nouveau visage d’Abobo (Nova). Je suis aussi le secrétaire chargé de la promotion des personnes handicapées du Rassemblement pour la Côte d’Ivoire (RACI). Nous avons été au Congo Brazzaville pour le sommet international des sourds africains, il y a un centre qui porte mon nom à Dolisie, une ville du Congo-Brazzaville. Nous avons été élu meilleur association nationale en 2017 et nous avons eu la visite de M. Le ministre de la Jeunesse de l’époque, Sidi Tiémoko Toure. Grâce à nous, l’Etat a ouvert une école inclusive à Abobo. Nos filles sourdes bénéficient de formation professionnelle en couture et pâtisserie. Aussi, sommes nous admis à l’association villageoise d’épargne et de crédit (AVEC). Nous avons eu le privilège d’être sélectionné pour prendre part aux états généraux de la jeunesse. Aujourd’hui, nous sommes l’une des associations les plus actives de Côte d’Ivoire.

Pendant la crise à coronavirus, j’ai commencé à traduire les informations relatives à cette pandémie pour les personnes sourdes et j’avais même critiqué sur les réseaux sociaux le fait que les personnes sourdes n’aient pas été associées à la lutte contre cette maladie. Dieu merci, après j’ai vu qu’il y avait un interprète mais ce n’est pas suffisant, il en faut au moins deux. Je dis merci beaucoup pour cela.

Vous qui côtoyez les personnes sourdes, quel regard portez-vous sur elles ?

M.O.I. : C’est une communauté qui n’est pas facile à gérer. Cela est dû au problème de communication. Ce sont des personnes très subjectives qui n’ont pas confiance aux personnes dite entendantes. Mais avec l’ASMCI nous avons brisé ce mur de méfiance. Comme vous pouvez le constater dans nos différentes activités, les personnes sourdes et entendantes y sont présentes. En tout cas, c’est l’avantage au niveau de l’ASMCI.

Racontez-nous une journée en tant qu’interprète en langue des signes aux côtés des personnes sourdes.

M.O.I. : Chaque matin, je prends le petit déjeuner avec des filles Sourdes puisqu’il y en a 4 chez moi. Je vais voir aussi à l’école inclusive située à Agbekoi (commune d’Abobo) si tous les enfants y sont présents. Dans le cas contraire j’appelle les parents pour avoir de leurs nouvelles. Après, je vais à la formation professionnelle où je fais des traductions pour ces filles sourdes. Je retourne ensuite au centre pour manger et faire la prière toujours avec elles. Je reçois également les parents pour échanger sur le comportement de leurs enfants. Il faut noter que parents ne connaissent pas la langue des signes. Donc nous les interprètes avons un rôle très important dans la vie familiale de la personne sourde. Hormis cela, je prends des appels pour des Rdv avec des partenaires et je prête mes services pour faciliter la communication. Je vais souvent faire des visites surprise à nos membres. Quand il y a des activités, j’appelle les parents pour qu’ils fassent venir les enfants. Nous séparons vers 17h GMT et chacun rentre chez lui.

Avez-vous un appel à lancer aux autorités et aux personnes de bonne volonté en faveur de votre corporation et des personnes handicapées ?

M.O.I. : Mon appel va notamment à l’endroit des autorités parce que les personnes de bonne volonté font déjà beaucoup. Mais la porte reste toujours ouverte. Nous souhaitons que les autorités reconnaissent la langue des signes comme une langue officielle et aussi le service d’interprétariat comme un métier qui doit être rémunéré car c’est de cela que nous vivons. Nous souhaitons également que dans toutes les activités où les organisations des personnes sourdes seront représentées, qu’elles tiennent compte de notre prime de présentation. Il faut aussi associer les organisations des personnes handicapées et les interprètes dans toutes les prises de décisions.

Source Ivoirehandicaptv
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