Les sourds ne sont plus les seuls à faire des efforts pour comprendre et se faire comprendre

Après avoir animé le café librairie « Mod all » puis enseigné la langue bretonne avec Roudour, Laure Boussard est retournée à ses première amours : la langue des signes, dont elle a épousé le métier d’interprète il y a une trentaine d’années. Elle nous livre quelques réflexions sur la période.

Que peut dire la langue des signes que ne saurait exprimer la langue de bois ?

La langue des signes (LDS) est une langue comme une autre. C’est-à-dire qu’elle a la capacité d’exprimer l’humour, l’amour, la poésie, la langue de bois etc. Il est vrai que la langue de bois est peu utilisée par la communauté sourde car ce n’est pas dans sa culture de tourner autour du pot. Néanmoins, on peut très bien rendre accessible aux sourds la langue de bois comme je l’ai fait pendant des années à l’Assemblée nationale.

Les personnes malentendantes sont-elles plus vulnérables en période de confinement ?

Oui et non : pour les personnes qui entendent mal (donc les « malentendants ») et lisent sur les lèvres pour comprendre leur interlocuteur, la période « masquée » peut être source d’angoisse car la communication devient très difficile. En revanche, pour les sourds signants (utilisant la langue des signes française, la LSF), c’est souvent un vrai soulagement que ne plus être obligés de faire semblant de comprendre l’autre en lisant sur ses lèvres. Les entendants (les « non-sourds ») sont amenés à utiliser un papier et un crayon pour communiquer avec eux, se mettent au mime et utilisent même le signe « bonjour » pour se saluer y compris entre entendants. Bref, les sourds ne sont plus les seuls à faire des efforts pour comprendre et se faire comprendre. Et pour finir, il faut aussi préciser que le masque ne gêne pas du tout une discussion en langue des signes, même si l’absence d’expressions faciales n’est pas des plus agréable.

Que vous a enseigné la langue des signes ?

Plein de choses, elle est devenue indispensable à ma vie et ce depuis plus de 30 ans. La langue des signes est avant tout la langue d’une communauté, les sourds. C’est la découverte de leur monde qui m’a fascinée et me passionne toujours autant. Les sourds ont une culture, une manière de vivre, une façon singulière d’appréhender le monde et donc une langue qui, sans être internationale, est universelle ; il y a des sourds partout et depuis la nuit des temps et ils ont tous une manière assez semblable d’être au monde et donc des langues très proches. J’ai moi-même eu de grandes discussions avec des sourds russes ou japonais alors que je serais bien embêtée d’échanger trois mots avec un Japonais ou un Russe entendant.

La pratique de la LSF, dans mon travail d’interprète ou lors de discussions avec des ami(es) sourd(es) est pour moi un plaisir immense car c’est une langue qui utilise tout le corps et qui exprime une autre vision du monde. Bref, vive le bilinguisme, le trilinguisme…

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