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Yann-Alrick Mortreuil harcelé à l’école à cause de sa surdité : “Ma revanche est de pouvoir aider les jeunes aujourd’hui”

C’est l’une des figures marquantes de Danse avec les stars. Chorégraphe et danseur émérite, Yann-Alrick Mortreuil est aussi un artiste engagé. Sourd depuis son enfance et victime de discrimination, il nous explique comment il a pris sa revanche en aidant les plus jeunes et porte un message fort.

Immergée au quotidien dans l’actualité de la télévision, des séries, du cinéma et des loisirs en général, la rédaction de Télé-Loisirs a décidé de s’engager sur les questions d’accessibilité du divertissement à tous. Le danseur et chorégraphe Yann-Alrick Mortreuil(ex-figure marquante de Danse avec les stars et récemment assistant chorégraphe du dernier clip de Carla Bruni !) qui souffre de surdité depuis son enfance, a retracé pour nous son parcours semé d’embûches. Il revient sur son quotidien transformé depuis qu’il est appareillé, et juge notamment l’accessibilité des programmes sur les plateformes.

Pouvez-vous nous parler de votre surdité ?

On a décelé ma surdité quand j’étais tout petit garçon car j’avais un retard de prononciation, de compréhension. J’ai dit à ma mère que j’entendais des acouphènes et elle m’a envoyé voir un ORL. À l’époque, j’avais une perte auditive de -30%, l’ORL avait décidé alors de ne pas m’appareiller. C’était une vraie connerie selon moi car plus tôt on appareille, mieux c’est. Plus mon oreille est réquisitionnée, plus elle se muscle, moins elle l’est et plus elle perd de l’audition. Aujourd’hui, je suis à -80% , je suis sourd profond mais là où je m’estime chanceux dans mon malheur c’est que j’ai perdu progressivement donc j’ai eu le temps de bien apprendre à parler… Et puis les appareils auditifs (le danseur est égérie de la marque Signia, NDLR) ont fait des avancées technologiques incroyables ! Ils sont connectés en bluetooth à la télé, l’ordinateur. C’était un problème dans ma vie de tous les jours de ne pas pouvoir communiquer au téléphone avec des gens, aujourd’hui, ça va directement dans mes appareils. Pour mon travail, je peux mettre ma musique dans mes appareils auditifs et couper le son environnant. C’est l’outil de travail idéal. Aujourd’hui, je peux même décider de ne pas entendre.

Enfant, avez-vous souffert à cause de votre surdité ?

Oui, vu que je n’ai pas été appareillé tout de suite je ne comprenais pas toujours ce qui se passait dans les cours de récré, les discussions, les copains, même en cours et j’ai vite été considéré comme un con, parce que j’étais toujours à côté… On rigolait de moi, c’était un harcèlement scolaire en bon et due forme. Le premier jour de mon appareillage a été le plus beau jour de ma vie, j’ai découvert une tripotée de sons mais il y avait des sortes d’antenne à mon appareil, et j’ai été traité de tous les noms. Aujourd’hui, j’ai cette volonté de vouloir dédramatiser le port de l’appareil et que ça devienne comme pour les lunettes, qui sont totalement adoptées.

Comment faisiez-vous lorsque vous avez commencé la danse, sans appareillage ?

J’ai développé mes petites techniques à moi, je me mettais près des enceintes, et je ressentais les basses au niveau de mon plexus, ça me suffisait à avoir le rythme. J’utilisais la vue, je reproduisais ce que je voyais, et je me mettais pieds nus ça m’aidait aussi à ressentir les vibrations.

Avoir réussi en tant que danseur et chorégraphe, c’est une revanche pour vous ?

Oui, je le prends complètement comme une revanche parce que toute ma vie, ça a été ‘tu n’y arriveras pas”, “tu ne pourras pas devenir danseur car tu seras complètement sourd”. J’ai été en échec scolaire, j’ai quitté l’école à mes 16 ans et je me suis dit que j’allais donner des cours de danse. J’ai démarché des associations, j’avais eu quelques titres de champions de France, mais toutes les portes se sont fermées. On m’a dit “on ne peut pas prendre cette responsabilité avec ton problème d’audition si un enfant se blesse par rapport au parents”… Je suis monté à Paris à 18 ans pour passer des castings pour être danseur. J’ai fait un premier casting pour W9, La meilleure danse et on a gagné. Et à l’époque, ça m’avait soulé qu’à chaque épisode et magnéto, on dise “il est sourd et il danse”. Ça me gonflait parce que je voulais qu’on me voit comme un danseur et non un sourd et eux me vendaient comme “c’est le sourd qui danse”. Au début, ça me faisait mal, mais sur les réseaux sociaux, la communauté sourde et leurs parents m’ont dit bravo et merci. Et c’est ça ma revanche. Je peux aider des jeunes qui sont harcelés à l’école, qui ont des problèmes de surdité Je fais des conférences dans les collègues, lycées, pour parler de mon parcours, du handicap. Mon message est que le handicap n’est pas un frein à la performance. Le but est de dédramatiser tout ça, de lutter contre les discriminations, faire que les mentalités changent.

Vous vous voyez comme un porte-parole de la communauté malentendante ?

Ça me plait d’avoir ce rôle parce que c’est ma contribution à la société ! Je m’épanouis avec ça, car je vois des résultats positifs. A la fin de mes conférences, j’ai des tonnes de questions.

Vous n’avez pas la télé, mais sur les plateformes, trouvez-vous l’offre satisfaisante pour les sourds et malentendants ?

Je regarde en V.O, donc je mets les sous-titres, qui sont bien faits. Mais je constate que lorsque l’acteur ou l’actrice parle en français dans la série ou le film, le sous-titrage disparait ! Et ça, c’est vraiment dommage…

Source Télé-Loisirs - 18 Décembre 2020
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