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Hauts de Seine Habitat

Sourd, Guillaume Francelle continue de travailler aux caisses d’Auchan à Saint-Quentin malgré la contrainte du masque

Le Saint-Quentinois s’épanouit à son poste de travail. Tout irait pour le mieux si le port du masque imposé ne faisait obstacle pour lire sur les lèvres.

C’est un visage bien connu des clients de l’hypermarché Auchan Fayet près de Saint-Quentin. Guillaume Francelle, 44 ans, y travaille comme hôte de caisse sur un poste adapté en raison de sa surdité. Rencontre.

Comment êtes-vous entré chez Auchan ?

« C’était en 2006. J’ai fait une formation pour apprendre le métier de la caisse. Pendant trois mois, j’ai appris les techniques et après, j’ai continué de me former. Comme tout s’est bien passé, j’ai pris ma caisse seul en CDD et au bout d’un an, je suis passé en CDI. »

Avez-vous toujours voulu faire ce métier ?

« J’ai d’abord obtenu un CAP de peintre en bâtiment, puis j’ai développé une allergie à la peinture. Je suis donc parti sur un nouveau projet et j’ai choisi la caisse pour voir comment ça se passait et ça m’a plu. »

Vous êtes atteint de surdité, cela a-t-il été un frein auprès de certains employeurs ?

« Quand j’ai fini la peinture, j’ai été accompagné par Cap Emploi (ndlr : organisme de placement pour les personnes handicapées). La conseillère m’a accompagné pour chercher les métiers qui pouvaient m’intéresser. À l’époque, Auchan cherchait des personnes pour des contrats spécifiques avec une formation. Il y avait 10 personnes qui devaient intégrer ce groupe de formation et j’en ai fait partie. Ça a pu se faire car je n’ai rien fait tout seul (il regarde Cathy Flandre qui assure la traduction de nos questions en langue des signes et qui l’accompagne depuis l’enfance). Ma formation a été traduite en langue des signes et les réunions mensuelles des hôtes de caisse sont traduites grâce à l’Urapeda (organisme œuvrant pour l’autonomie des personnes déficientes auditives). »

Comment avez-vous évolué ces 14 dernières années ?

« Au début, c’était très compliqué de communiquer avec certains clients qui ne savaient pas comment fonctionner avec une personne sourde en caisse. Il pouvait y avoir des critiques, des clients s’énervaient car on n’arrivait pas à communiquer. Pendant les premiers mois, ma marraine m’a accompagné pour expliquer aux clients. »

Et aujourd’hui ?

« J’ai pris l’habitude de communiquer avec les clients, il n’y a plus de soucis. »

En langue des signes ?

« C’est rare. J’ai des échanges avec certains clients sur les différents prix qui baissent ou qui augmentent, sur les promotions, tout ce qui est lié au magasin. On ne parle pas de la vie privée. »

Qu’en est-il de la vôtre, qu’aimez-vous faire ?

« Je vis comme tout le monde. Quand j’ai fini, je rentre à la maison. Je promène mon chien, je me repose. En ce moment, je sors moins, je n’ai pas envie d’être malade. »

Le contexte actuel, c’est aussi le port du masque qui vous pénalise au travail.

« C’est vraiment difficile car il ne m’est pas possible de voir les lèvres. Alors je montre les choses, je fais beaucoup de mimes, je montre le caddie au client mais ça reste difficile. J’aime mon métier, mais c’est plus fatiguant en ce moment, et il va falloir s’adapter. »

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre profession ?

« En 2006, je n’étais qu’en caisse. Depuis quelques années, j’ai demandé à être polyvalent. Je travaille en caisse minute pour aider les clients et j’aide aussi au réassort en magasin. Cette polyvalence me plaît, mais la caisse reste ma préférence. »

Nous approchons de Noël, comment appréhendez-vous cette période ?

« C’est plus compliqué, parce qu’il y a énormément de monde en magasin et avec le masque… Ça dépend des gens, je sens que certains sont inquiets, stressés. »

Estimez-vous être un exemple de réussite malgré votre handicap ?

« Je ne me considère pas comme un exemple. J’ai fait comme tout le monde, j’ai cherché du travail, je me suis formé. Je ne pense pas à long terme, mon métier me plaît et j’ai envie de continuer comme ça. »

Remerciements à Cathy Flandre pour la traduction.

Source L'Aisne nouvelle - 26 Novembre 2020
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