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Les sourds sont-ils les oubliés de la lutte contre le Covid-19 ?

La généralisation du port du masque a compliqué sérieusement la vie des sourds, pour qui la lecture labiale est une composante cruciale de la compréhension.

aire les courses est devenu un enfer. Alexandra Doré, 37 ans, maman abbevilloise de quatre enfants, est sourde profonde à 85 % depuis l’âge de 3 ans. À ses deux oreilles, des appareils auditifs dissimulés sous ses cheveux, amplificateurs de sons, mais qui ne suffisent pas à la compréhension. Car pour vivre en société, Alexandra lit sur les lèvres de ses interlocuteurs et plus largement sur les mouvements du visage. Problème, depuis plusieurs mois et la généralisation du port du masque opaque, la lecture est devenue impossible. Résultat, « je ne sors plus, je ne comprends plus les gens », confie-t-elle.

Alexandra vit la situation comme un crève-cœur, elle qui, toute sa vie, s’est battue pour être « une femme comme les autres ». La trentenaire l’admet, elle « déteste » sa surdité. Au point de n’avoir jamais voulu apprendre à signer ; préférant le labial, plus discret. La voilà contrainte aujourd’hui de se dévoiler : « Il y a quelques jours, j’étais au laboratoire pour un examen. J’ai demandé à l’hôtesse d’enlever son masque car je ne comprenais pas ce qu’elle disait. Elle n’a jamais voulu. Cela m’a agacé. Je lui ai dit que j’étais sourde, elle ne m’a pas crue. » Alexandra ne présente aucun signe extérieur de son handicap.

« J’ai besoin des joues, du nez »

Aline, 41 ans, elle, n’est pas appareillée. L’Abbevilloise, intellectuellement précoce et sourde à 100 %, lit exclusivement sur les lèvres et assume mieux son handicap. « J’ai besoin des lèvres, mais aussi des joues, du nez, des mouvements du visage pour lire les propos de mon interlocuteur », dit-elle. Comme Alexandra, Aline a suivi une scolarité normale. Elle a décroché une licence en sciences de l’éducation ; mais le Covid-19 et la généralisation du port du masque l’ont ramenée à sa condition de femme sourde. « Si on vous bande les yeux pour faire les courses, vous serez perdu. Quand les gens parlent avec un masque, c’est pareil pour nous. »

« Tout cela génère du stress et de l’angoisse », reprend Françoise Delacharlerie, administratrice à l’Union nationale des associations de parents et d’enfants déficients auditifs (Unapeda). Les sourds vivent avec la crainte, permanente, de l’incompréhension. « Enfant, lors d’une balade en forêt, on m’a dit d’écouter la forêt. J’ai longtemps cru que les arbres parlaient », résume Aline, 41 ans. Parler à un interlocuteur masqué, « c’est comme parler à un interphone, pour nous les sourds : c’est très compliqué ». Aline utilise alors parfois son bloc-notes pour traduire l’oral de son interlocuteur à l’écrit. Mais « 90 % des sourds ne savent pas lire », rappelle Aline. Une solution qui a ses limites.

« 90 % des sourds ne savent pas lire »

Émilie, 14 ans, a hérité de la surdité génétique de sa mère, Alexandra. Elle est scolarisée au collège Guy-Maréchal à Amiens. Elle bénéficie de l’assistance d’une auxiliaire de vie scolaire interprète, qui lui signe les cours, une quinzaine d’heures par semaine sur 24 heures de cours. Mais en l’absence de l’auxiliaire de vie, la compréhension est difficile, là-bas aussi : « J’ai dit une fois au professeur de mathématiques, qu’il fallait qu’il retire son masque pour que je le comprenne. Il m’a dit qu’il ne pouvait pas. » Les cours à distance étaient finalement presque plus pratiques pour Émilie. Tout un paradoxe.

La solution des masques transparents

Quelle solution pour permettre aux sourds de reprendre un semblant de vie normale ? La fondation pour l’audition propose aujourd’hui des masques « sourire », il s’agit de masques transparents à hauteur de la bouche, qui permettent de lire sur les lèvres. Au-delà, « seuls trois types de masques transparents sont aujourd’hui homologués pour pouvoir être portés », explique Françoise Delacharlerie, administratrice à l’Union nationale des associations de parents et d’enfants déficients auditifs (Unapeda). Des masques commercialisés au minimum à 13, voire 15 euros pièce. « L’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) rembourse l’acquisition de ces masques pour les entreprises », rappelle Françoise Delacharlerie, pour qui ces masques devraient être généralisés.

La solution des masques transparents

Quelle solution pour permettre aux sourds de reprendre un semblant de vie normale ? La fondation pour l’audition propose aujourd’hui des masques « sourire », il s’agit de masques transparents à hauteur de la bouche, qui permettent de lire sur les lèvres. Au-delà, « seuls trois types de masques transparents sont aujourd’hui homologués pour pouvoir être portés », explique Françoise Delacharlerie, administratrice à l’Union nationale des associations de parents et d’enfants déficients auditifs (Unapeda). Des masques commercialisés au minimum à 13, voire 15 euros pièce. « L’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées (Agefiph) rembourse l’acquisition de ces masques pour les entreprises », rappelle Françoise Delacharlerie, pour qui ces masques devraient être généralisés.

Source Le Courrier picard - 16 Novembre 2020
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