Handisport. A la découverte du handball sourds avec Quincy-Voisins, équipe du championnat de France

L’association des Sports et des Loisirs des Sourds 77 a créé il y a sept ans sa section handball à Quincy-Voisins. Aujourd’hui, le club joue contre Paris, Lyon ou encore Toulouse.

Comme si le temps s’arrêtait. À Quincy-Voisins, à l’intérieur du gymnase, les seuls bruits entendus sont ceux du crissement des chaussures et des ballons rebondissants contre les poteaux, les murs ou le sol. Les joueurs de l’équipe de handball sourds se retrouvent une fois par semaine pour préparer les matchs du championnat de France de la discipline. Amateurs et passionnés, ils racontent l’histoire de leur sport, et de leur club. 

La spécificité du handball sourds, c’est qu’il n’y en a pas.Maxime QuagliottiCommissaire de l’équipe.

Contrairement au Cecifoot, ou au basket fauteuil, le handball sourds ne dispose pas de règles différentes de son pendant valide. La durée du match, les fautes et le terrain restent les mêmes. « La plus grande spécificité du handball sourd est… en fait, il n’y en a pas ! Les règles sont conformes à celles de la Fédération Française du Handball. Nous jouons absolument de la même manière que les valides », souffle l’entraîneur. « Il y a cependant un petit ajout : les arbitres doivent être équipés d’une chasuble ou d’un tissu fluo qu’ils agitent à chaque faute par exemple. » Ce signal visuel nous permet de suivre le jeu et de compenser l’absence du sifflet.

Une organisation du corps arbitral qui manque à la discipline, puisque la plupart du temps ce sont des valides qui exercent, sans réellement avoir les bases de la langue des signes. « Non, la majorité des arbitres ne sont pas sourds et ne savent pas signer, mais il existe des exceptions. Cela peut s’expliquer par le fait que les formations d’arbitrage sont inaccessibles aux sourds (manque d’interprétation, d’adaptation, de sensibilisation). Pour notre paire d’arbitres, Lilian Brot et Guillaume Dantart, à force d’arbitrer nos matches, ils commencent à s’adapter à nous. Cela reste une difficulté de trouver des arbitres sourds, et pour beaucoup de clubs », explique-t-il.

Pour la gestion du match et du jeu, tout est dans la subtilité et les messages codés pour tromper son adversaire. L‘utilisation de la langue des signes reste difficile en plein match : « Nous préconisons de l’utiliser le moins possible pendant le match pour rester concentrés pendant le match. Pendant les périodes ‘vides’ où il n’y a que des passes, nous pouvons en profiter pour communiquer un minimum. Quant aux combinaisons, tactiques ou techniques, nous utilisons toujours le langage codé afin de ne pas dévoiler à nos adversaires ce que nous allons prévoir. »

David contre Goliath

Pour la commune de 5 500 habitants, c’est un heureux hasard de se retrouver en première division du championnat de France au milieu de plusieurs métropoles (Toulouse, Lyon, Paris, Nantes ou Limoges). « Tout a commencé lors d’un tournoi de handball sourds à Nantes en 2013. » Quatre clubs se développent : Nantes, Limoges, Lyon et Versailles. 

« Le Seine-et-Marnais Florent Heurtel décide de faire de même. Il rassemble plusieurs intéressés et l’équipe perdure encore aujourd’hui, grâce à l’Association des Sports et des Loisirs des Sourds 77 (A.S.L.S. 77), la seule association sportive et sourde du département », indique le président Maxime Quagliotti. La section compte désormais 8 joueurs dont 5 fidèles depuis plusieurs années.

Cela reste une difficulté de trouver des arbitres sourdsMaxime QuagliottiCommissaire du club

Une situation géographique et démographique difficile pour concurrencer des grosses cylindrées. Pourtant le costume du « petit » va plutôt bien à l’équipe du 77. « La principale difficulté pour nous, par rapport à notre situation géographique, c’est les joueurs. La Seine-et-Marne est un grand département, donc les sourds sont éparpillés un peu partout. Il est difficile pour nous d’intéresser un sourd habitant dans le sud de la Seine-et-Marne car le trajet va devenir un inconvénient pour lui » détaille-t-il.

Une 2e place en championnat

L’identification va plus loin, puisque les règles d’affiliation des clubs à une ville est différente si on est une entité de joueurs valides ou handisports. « Il faut aussi noter la différence entre un club de valides et un club de sourds : le club de valides est rattaché à la Ville et les gymnases municipaux sont à sa disposition. Quant à nous, nous sommes un club handisport, affilié à une association départementale donc aucune ville ne nous reconnaît comme le sien. C’est pourquoi nous sommes infiniment reconnaissants envers Quincy-Voisins d’avoir accepté de nous donner un créneau par semaine », souligne le président, en ajoutant qu’il aimerait pouvoir bénéficier d’un créneau supplémentaire pour pouvoir se développer (actuellement les joueurs s’entraînent 2 heures par semaine).

Cette situation n’empêche pas Quincy-Voisins de pointer à la 2e place du classement du championnat de France (sur sept équipes). Au-delà du résultat, c’est le développement d’une identité qui guide les joueurs cette saison. 

« Notre objectif de cette année n’est pas forcément de finir les premiers, mais de créer un vrai jeu collectif où chacun progresse. Aucun joueur sourd n’est licencié dans un club d’entendants, donc la marge de progression est moins élevée que ceux qui sont licenciés dans un club de sourds et un club d’entendants. Les trois premiers matches me confirment que c’est un très bon début et nous continuons à forger une identité collective », conclut l’entraîneur.

Source Actu - 29 Octobre 2020
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