La main des sourds

«A 48 ans, je suis toujours dépendante» : cette association sort les sourds du silence

Avec le Covid et le port généralisé du masque, les personnes malentendantes ne peuvent plus lire sur les lèvres. En Essonne, l’association Nos mains pour s’entendre vient à leur secours pour les aider au quotidien.

Lire sur les lèvres à travers un masque chirurgical. Un défi impossible à relever. Depuis la généralisation de la fameuse arme anti-Covid, toute une catégorie de la population est en souffrance. Celle des sourds et malentendants habitués à lire sur les lèvres pour comprendre leurs interlocuteurs.

Depuis quelques jours, le malaise est en partie levé du côté de l’association Nos mains pour s’entendre (NMPE), basée à Vigneux-sur-Seine (Essonne), qui sensibilise à la langue des signes et œuvre en faveur de l’accessibilité pour les personnes sourdes. Ses responsables ont reçu la semaine dernière un lot de masques transparents des mains de François Durovray, président (LR) du conseil départemental de l’Essonne.

Une prise en charge qui coûte cher

« Il existe des mots qu’on ne peut pas signer de nos mains. Nous avons besoin de lire ces mots sur les lèvres de notre interlocuteur, et aussi de voir les expressions de son visage pour une compréhension totale », indique Laurence, 48 ans, membre de NMPE. Comme une majorité de personnes sourdes, elle a vu son quotidien, déjà lourd, appesanti encore plus par le cocktail Covid 19-masques.

« Je souffre d’un cancer et mes rendez-vous médicaux sont un casse-tête, raconte-t-elle. Pour chacun d’entre eux, je suis obligée d’emmener ma mère pour jouer l’interprète entre le médecin et moi. Il parle vite, ne fait pas toujours attention à ma surdité et le vocabulaire médical est difficile à déchiffrer. A mon âge, je suis encore dépendante de ma mère. C’est difficile à accepter. » Pourtant, des interprètes à destination des sourds existent afin d’aider dans ces démarches.

« Mais il y a beaucoup de demandes et ça n’est pas remboursé », coupe Valérie Laurent, la présidente de NMPE. Pour tenter de remédier à cette situation, son association propose chaque mois une permanence administrative afin d’accompagner les sourds dans leurs démarches. Ces bénévoles dispensent aussi des formations à la langue des signes française (LSF) et un soutien aux parents d’enfants touchés par ce handicap. C’est par ce biais que Renée a pu se familiariser avec la surdité progressive de Typhaine, sa fille âgée aujourd’hui de 28 ans.

«Un groupe d’ados du collège m’a un jour jeté des cailloux en me traitant de sale sourde»

« Il a fallu attendre qu’elle ait 6 ans pour que tombe le diagnostic. Pendant longtemps, on nous parlait d’otites alors que ma fille souffre d’une surdité congénitale bilatérale », déplore Renée, maman de trois autres filles toutes entendantes. « Face au manque d’informations, la détresse de parents qui ne connaissent pas ce handicap est immense », souffle-t-elle. Si Typhaine s’épanouit aujourd’hui dans son rôle d’animatrice auprès d’enfants sourds dans une école parisienne, elle a traversé des moments très difficiles à cause de sa surdité et du regard des autres.

« Au collège, j’étais mise de côté. Les autres élèves étaient au courant de ma surdité et chuchotaient exprès pour me mettre à l’écart. Je n’avais aucun ami et je n’acceptais plus mon handicap », se souvient-elle. En classe de cinquième, Thyphaine affronte une grosse dépression, prend beaucoup de poids. « Devant chez moi, un groupe d’ados du collège m’a un jour jeté des cailloux en me traitant de sale sourde », raconte encore la jeune femme, qui poursuit malgré tout sa scolarité jusqu’en Terminale.

«On dirait que tu fais exprès de ne pas entendre», lui lance son manageur

Mais Thyphaine ne supporte plus son appareillage et stoppe son cursus dès le premier trimestre. « Elle était handicapée. Mais pas assez pour bénéficier d’une assistante scolaire nous a fait savoir l’administration », relate encore sa maman. Grâce à l’association NMPE, Thyphaine apprend la langue des signes à l’issue d’une expérience professionnelle désastreuse dans une grande chaîne de fast-food.

« On dirait que tu fais exprès de ne pas entendre, m’a un jour lancé mon manageur », rapporte Typhaine. « Désormais, je vais mieux. Grâce à la maîtrise de la LSF, j’ai pu trouver ce poste d’animatrice. J’interviens sur le temps périscolaire en faisant le lien entre enfants sourds et entendants. »

Source Le Parisien - 6 Octobre 2020

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