La main des sourds

Une petite mise au point historienne concernant l’histoire du sport sourd

Bonjour à toutes et à tous, Tout d’abord, ne soyez pas dérangés à ce que je fasse une petite précision concernant la vidéo sur le sport sourd. Cette vidéo est vraiment sympathique sur la forme, super au montage, mais dans le fond… aie aie ! Impossible pour moi de la laisser en état, je me dois donc d’intervenir, d’apporter des précisions.A l’origine, ce n’est pas Rubens Alcais qui a été à l’origine de l’émergence du sport sourd, car il y a déjà eu un développement originel par d’autres initiatives.Remontons en arrière, avec le congrès de Milan, en 1880, oui, ce congrès a déstabilisé la communauté sourde, certes. Mais, les associations étaient présentes, et encore solides, avec de nombreuses activités comme des banquets, des sorties culturelles, la dilution n’y est pas encore, elle le sera bien plus tard, au cours des années 1950, et bien pire !00’54”Donc, en 1890, quelques sourds, issus de familles aisées, ou ayant des moyens ont acheté des vélos qui sont coûteuses à cette époque, dont le prix peut être équivalent aux motos de nos jours.Donc, ces sourds aisés participent à des compétitions de cyclisme, à l’exemple de celui de Reims, le frère de Emile Mercier, très actif dans ce domaine et participant à plusieurs compétitions de cyclisme.Mais, il n’y a pas de groupement associatif sourd autour du vélo. Juste des groupes de passionnés de vélo. Il y a même quelques femmes qui y ont participé, assez exceptionnel à l’époque où cela ne se fait pas qu’une femme monte à califourchon sur un vélo !Donc, quelques temps passe et donc, en 1911, effectivement, le Club sportif des sourds-muets est fondé. Ce n’est pas Rubens Alcais qui en est le fondateur, pas du tout ! Il a rejoint le CSSM qu’une année après sa fondation. Bien après donc sa fondation. Le vrai fondateur, c’est Charles Vespierre dont j’ai expliqué son parcours dans le Dictionnaire Biographique des Grands Sourds. Il avait fondé le CSSMP car il y avait un besoin. Mais la vraie éminence grise de cette fondation, C’est Henri Gaillard, celui-ci même dont l’épouse avait donné son nom à la bibliothèque Louise-Walser-Gaillard ! Donc, ce dernier a fortement conseillé de fonder un club sportif, qu’il y a un grand besoin parmi les jeune, un grand besoin moral ! C’est effectivement cela, ce besoin moral après une semaine, du lundi au samedi, au travail, et donc occuper le dimanche libre à s’aérer, grâce à la participation au sport, au travers des compétitions.Donc, Vespierre a suivi l’avis de Gaillard, et s’est lancé dans cette initiative : le CSSMP afin d’encourager la participation de la jeunesse sourde. Car, 30 ans avant 1911, c’était le congrès de Milan, et donc il y a eu du temps pour remarquer que la situation des jeunes a empiré, avec un affaiblissement généralisé du niveau intellectuel en leur sein.De plus, la participation de cette jeunesse aux activites traditionnelles, comme les banquets, les visites, les débats, les conférences est de moins en moins forte. Pourquoi ? A cause de l’aspect trop intellectuel de ces activités !Afin de maintenir ce lien, on a donc lancé des activités sportives avec le CSSM. C’est toute l’origine de cette fondation.Ensuite, c’est la fondation de l’Etoile Sportive des sourds-muets de Paris, dont le nom mentionné dans le sous-titrage “ESSVitry” était en fait à l’origine Etoile Sportive des sourds-muets de Paris. Donc, là, j’explique les origines de sa fondation, et de sa séparation avec le CSSMP. Donc, le CSSMP était la seule association sportive où sourds parisiens et provinciaux installés à Paris s’y retrouvent. Au moment de la guerre de 14-18, face au besoin de main d’oeuvre, il y a un afflux de sourds provinciaux à Paris. Dans la même occasion, ayant besoin de sport, ces mêmes provinciaux se sont retrouvés en butte avec les sourds parisiens peu partageurs.Afin de résoudre cette situation le ESSMP a donc été fondée, majoritarement constituée de provinciaux installés à Paris.Donc, Rubens, lui-même membre du CSSMP, remarque une augmentation du nombre d’associations sportives sourdes, comme à Bordeaux etc.. décide donc de constituer une fédération sportive, la Fédération Sportive des Sourds-Muets de France, la “FSSF”, en 1918.Voulant participer aux Olympiades, mais en butte à la mauvaise volonté des instances entendantes, Rubens décide de faire cavalier seul, en constituant, avec les autres fédérations silencieuses comme celle de la Belgique, les Olympiades Silencieuses. Le terme “Deaflympics” est en fait plus récent, introduit qu’une dizaine ou quinzaine d’années environ.Rubens lui-même a dit que la fondation d’un club sportif répond à un besoin de la jeunesse sourde, de leur permettre d’avoir une activité sportive. Effectivement, mais, dans le même temps, il y a une évolution des associations classiques, et de leur difficulté à attirer la jeunesse silencieuse. C’est ce qui est distinct.Donc, plus tard, dans les années 1950, ces associations-là disparaissaient justement, et c’est grâce aux associations sportives que le lien est maintenu, qu’en fait, le sport sourd n’est pas le noyau, mais une refuge pour la communauté sourde, la dernière forteresse. Et donc, plus tard, au moment du Réveil Sourd, à partir de cet refuge, la communauté sourde renaît, oui effectivement. Donc, voici une courte précision autour de ceci, avec d’importants repères historiques. Avec ce que j’ai expliqué, dans le Dictionnaire biographique des grands Sourds que j’ai écrit avec ma femme Angélique, il y a tout, avec les noms etc… sur l’évolution du sport. Et aussi, dans mon livre sur les sourds de la Belle Epoque, j’ai fait mention du sport, un petit résumé dedans.Cette précision est essentielle.D’accord ? Merci !A la prochaine !

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