« Être sourd, c’est déjà une forme de confinement »

Au centre d’éducation spécialisée La Providence, le port du masque pénalise les élèves, déjà isolés à cause de leur handicap.

À la Providence comme ailleurs, « la rentrée a un fort parfum Covid ». Un élève par table, flacons de gel hydroalcoolique à disposition, visages barrés par des masques… Sauf que ce centre d’éducation spécialisée n’accueille pas les mêmes élèves qu’ailleurs. Ici, les jeunes souffrent d’un handicap visuel ou auditif, ou de troubles du langage et de l’apprentissage.

Pour eux, et pour les élèves sourds notamment, « devoir porter un masque qui occulte une bonne partie du visage est un double handicap, confie Alain Ramard, le directeur de la structure. C’est quelque chose de très pénible. »

Car la langue des signes s’appuie beaucoup sur les expressions du visage en général et de la bouche en particulier. Sans oublier les sourds qui lisent sur les lèvres.

« Quand on signe sans les expressions du visage, on n’a que la moitié du message, assure Alain Ramard. En cela, le masque est vraiment pénalisant. »

Des masques sourires commandés

Alors, quand le masque devient trop lourd à porter, élèves et enseignants s’équipent de visières, fabriquées par un professeur du collège Balzac. « Elles protègent moins que le masque mais ont le mérite de laisser voir les expressions du visage », explique le directeur.

Autre inconvénient des visières : ce n’est pas pratique pour signer, car les mains évoluent beaucoup autour du visage quand on s’exprime. Une commande de « masques sourires », ces masques avec une partie transparente, a donc été passée.

Reste que la gêne est là. « En temps normal, on évite de faire répéter les élèves », explique Alain, moniteur d’atelier. Pour ne pas vexer ou stigmatiser le jeune. « Mais avec les masques, on est parfois obligés. » Au risque de renvoyer les élèves dans leur retranchement.

D’ailleurs, Alain Ramard a remarqué une certaine analogie entre les termes utilisés depuis le début de la crise sanitaire et le quotidien des personnes sourdes. « Confinement, isolement, distanciation… Ce sont des mots qui s’appliquaient déjà aux sourds. Ce sont des situations qu’ils vivent tous les jours. »

Source ouest-france - 11 Septembre 2020 à Alençon
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