La main des sourds

Comment fonctionne le Pôle d’Enseignement pour Jeunes Sourds, basé à Tulle (Corrèze) ?

Le Pôle d’enseignement pour jeunes sourds, basé à l’école primaire Turgot à Tulle, coordonne en cette rentrée l’emploi du temps de 16 élèves corziens, de la maternelle au lycée. Une scolarisation sur-mesure.

Le PEJS, qu’est-ce que c’est ? Le Pôle d’enseignement pour les jeunes sourds (PEJS) était appelé, jusqu’à l’année dernière, Pôle pour l’accompagnement à la scolarisation de jeunes sourds. Il est basé à l’école primaire Turgot, à Tulle.

Il accueille en cette rentrée huit élèves de primaire (deux en maternelle et six en élémentaire), six collégiens à Clemenceau (deux en 5e, 2 en 3e et 2 en Ulis) et deux lycéens à René-Cassin, en seconde et première bac pro cuisine.
Tous Corziens, bien que le pôle ait une vocation académique.

Pour intégrer le PEJS, il faut obtenir une reconnaissance de handicap et une orientation de la MDPH (Maison départementale de la Personne Handicapée).

Neuf professionnels (deux enseignants sourds et une spécialisée, deux interfaces, deux interprètes et deux AESH, dont une signante au collège) animent le PEJS.

« On manque de personnels compétents en local, regrette Émilie Chassagne, conseillère pédagogique ASH (Adaptation scolaire et Scolarisation des élèves Handicapés) et nouvelle coordinatrice du PEJS. Certaines heures d’enseignement ne sont pas couvertes, notamment au lycée. » 

Comment ça marche ?Au sein du PEJS (*), « chaque enfant a son parcours particulier, établi selon le choix des familles », résume Virginie Sornet, enseignante spécialisée et médiatrice du PEJS.

Un choix entre deux modes d’expression et deux méthodes d’apprentissage :  l’oralisme (qui s’appuie sur le français oral et écrit) et le bilinguisme (basé sur l’apprentissage de la LSF et du français écrit).

A chaque fois, les élèves sont inclus dans une classe ordinaire et bénéficient, soit d’un appui pédagogique pendant les cours avec un adulte appelé interface, soit d’un apprentissage complet en LSF en plus des matières scolaires dispensé par un enseignant en LSF.

Pour chacun, des temps de remédiation sont proposés ; dans le secondaire, un interprète assiste l’élève pendant les cours de français, d’histoire-géographie et de sciences notamment, y compris pour les examens.

« En fonction de chaque enfant, on ajuste les temps d’enseignement dans la semaine et chaque année, tout se reconstruit , et c’est comme ça jusqu’au lycée et même au-delà », apprécie Émilie Chassagne. 

Les bénéfices du PEJS.« Tous les élèves sont habitués à avoir des camarades sourds, certains qui quittent la classe à certains moments, des intervenants à leurs côtés. Ils apprennent aussi qu’on ne crie pas après un enfant sourd, qu’on fait plutôt de grands gestes ou des vibrations pour l’interpeller. »

« Même les petits, qui ne connaissent pas la LSF, miment pour se faire comprendre. Une communication s’instaure entre eux », raconte Davy Lacroix

Il reprend : « Cela permet de valoriser les enfants sourds et de sensibiliser les autres à la différence ; c’est une aide mutuelle. »

Une option au collège et au lycée

Option. 35 collégiens suivent cette année l’option LSF à Clemenceau; l’an dernier, une vingtaine de lycéens d’Edmond-Perrier l’ont présentée au bac. « Peut-être l’un d’entre eux deviendra enseignant en LSF, calcule Davy Lacroix, mais c’est un enrichissement personnel pour tous et pour chacun, dans leurs métiers, ce sera un complément qui pourra permettre, peut-être, d’embaucher une personne sourde. Cela permet de considérer le sourd comme un citoyen à part entière. » 

La rentrée est compliquée pour les grands élèves et enseignants du PEJS par le port du masque. « On a pour l’instant quelques malentendus et problèmes de compréhension, sourit Davy Lacroix, enseignant sourd en LSF (langue des signes française). ON a besoin de voir les expressions du visage pour une compréhension fine. D’ailleurs, ces masques seraient utiles pour tous, ce serait une question d’accessibilité. » D’ici une quinzaine de jours, le rectorat devrait fournir à tous les enfants et adultes du PEJS des masques transparents.

Source .la montagne - 8 Août 2020

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