La main des sourds

La colère de la famille de Luka, élève sourd, privé d’accompagnante à l’école

Il n'aura plus d'AESH, la personne qui accompagne les élèves, cette année : le petit Luka, malentendant, en maternelle à Saint-Etienne-du-Rouvray, voit sa scolarité menacée. La raison : une nouvelle organisation administrative du travail des AESH.

“On est tristes et en colère” : dans ses gestes, Emilie, la maman de Luka, laisse transparaître son désarroi. Son fils, malentendant comme elle, se voit privé cette année de son AESH qui accompagne les élèves handicapés en classe. Sa rentrée en grande section se fait sans personne pour signer et traduire ce que disent son enseignant et ses camarades. Ce n’est pas tant un problème d’effectif que de nouvelle règle administratives : incompréhensible pour la famille.

Nouvelle organisation du travail des AESH

En cette rentrée 2020, le travail des AESH n’est plus organisé de la même façon, avec la généralisation d’un nouveau dispositif : le PIAL, auquel chacun des accompagnants d’élèves handicapés est rattaché. Cette structure signifie désormais qu’un AESH est désormais rattaché soit au premier degré (maternelle et élémentaire), soit au secondaire (collège et lycée).

“Depuis deux ans, l’AESH de Luka s’occupe en parallèle d’un lycéen également sourd, explique Emilie, dont une amie traduit les gestes. Désormais, _elle ne peut plus cumuler_. Elle s’occupe donc toujours de ce lycéen, et d’un autre qui n’est pas malentendant, pour qui une AESH ne sachant pas signer conviendrait”

Une scolarité menacée

Depuis mardi, Luka est donc en classe sans personne pour l’aider. Tenable pour les premiers jours, “mais au bout d’une, deux, trois semaines, ce ne sera plus possible, alerte sa mère. Il n’y a _pas d’autre AESH qui connait le langage des signes dans le secteur_, lui en attribuer une qui ne sait pas signer n’aurait pas de sens”.

Que ce soit juste pour des raisons administratives, ça nous révolte !

Luka, sa mère Emilie et leur amie qui s’occupe de la traduction 

Une dérogation au vu de la situation est-elle envisageable ? L’école a beau s’être mobilisée également, pour l’heure, rien ne bouge. Contactés, les services de l’Education Nationale n’ont pas répondu à nos sollicitations. C’est la scolarité de Luka qui est en suspens : aujourd’hui, il a le niveau et les compétences pour suivre en classe, mais _sans AESH qui adapte la pédagogie, il risque d’avoir des difficultés à passer en CP_, lance Emilie. On voudrait garder Luka en école ordinaire et ne pas le mettre en institution, ses camarades de classe sont maintenant devenus ses amis”

“L’AESH ne fait pas que la traduction : elle fait comprendre les comportements, _elle permet l’inclusion au-delà de la scolarité_, explique la mère de Luka. Aujourd’hui, personne ne peut expliquer à Luka les gestes barrières à l’école par exemple, pourquoi il ne peut plus échanger ses crayons”. Sans l’AESH, c’est la frustration de ne pouvoir communiquer qui risque de prendre le dessus, avec l’impact sur le comportement de Luka, et donc sa scolarité.

Source France Bleu - 2 Septembre 2020

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