La main des sourds

Jennifer Lescouët, photographe de Champs : « Un livre hommage aux sourds »

L'auteure de Champs-sur-Marne Jennifer Lescouët publie un nouveau livre photo. Elle raconte son parcours de photographe, très liée à son handicap de surdité.

Campésienne depuis sept ansla photographe Jennifer Lescouët publie Signence, un nouveau livre chez Renaissens. Elle parvient à saisir les mouvements de la langue des signes, sur un élégant fond noir.

Les images, primées quatre fois depuis 2015, sont éditées avec des poèmes d’Eve Allem sur ce langage trop souvent méconnu.

D’où est venue l’idée de publier des poèmes avec des photos sur la langue des signes ?

Je suis mi-sourde et Eve Allem elle est entendante [non sourde, N.D.L.R.], mais passionnée par cette langue. Elle m’a contactée au sujet de mes photos, parce qu’elle préparait un livre sur la langue des signes. Nous pensions illustrer les textes par des photos, mais comme les images existaient nous avons fait l’inverse : adapter les textes en fonction des photographies.

Ces photographies me tiennent à cœur en raison de mon handicap. Elles m’ont permis de rendre une sorte d’hommage aux sourds.

Comment êtes-vous devenue photographe ?

La photographie a été mon moyen de communication relativement tôt.

Je suis devenue sourde à 8 ans. Mes parents ne m’ont pas encouragée à fréquenter d’autres sourds. Je me suis donc retrouvée le plus souvent avec des entendants.

Je me suis très vite ennuyée, puisque je n’arrivais pas à suivre les conversations. J’étais sans arrêt à l’écart.

La photographie m’a permis de ne plus m’ennuyer lors des réunions familiales. Je n’arrivais pas à suivre les conversations, alors je prenais des photographies. J’essayais de deviner de quoi on parlait en observant les mimiques des visages…

J’ai ensuite diffusé mes photographies, notamment celles de personnes de mon entourage. J’ai publié un livre de portraits de femmes sourdes et, aujourd’hui, je fais éditer Signence.

Dans ce livre, j’ai aussi rédigé un témoignage pour apporter mon vécu aux personnes qui sont nées sourdes (tandis que je le suis devenue). C’est une façon de les rassurer et de leur dire qu’ils ne sont pas seuls.

Être sourd, ce ne doit pas être facile quand tout le monde porte le masque

Évidemment, puisque les sourds essayent de comprendre ce que vous dites en lisant sur vos lèvres. Pendant le confinement, on a beaucoup parlé de la langue des signes. Tout à coup, toutes les déclarations officielles étaient traduites à la télé.

Malgré cela, beaucoup de sourds ont subi des moqueries à cette période. Et en fait, ils l’ont souvent très mal pris. La langue des signes fait partie intégrante de leur culture personnelle. Se moquer de leur langue peut être vécu comme une atteinte directe.

Moi-même, qui entends faiblement, je me retrouve à demander aux gens de répéter puisque le masque étouffe légèrement la voix

La langue des signes peut aussi être un bon moyen de désamorcer ce genre de situations. Une image avait circulé pendant le confinement sur les réseaux sociaux : plutôt que de se toucher coude à coude pour dire bonjour, pourquoi ne pas le faire en langue des signes ?

C’est aussi ce que je souhaite faire par ce livre : montrer que la langue des signes est jolie, comme n’importe quelle langue étrangère qu’on peut, ou pas, avoir envie d’apprendre en refermant le livre.

Signence – La langue des Signes, Éd. Renaissens, juillet 2020, 112 p. ISBN : 978-2-491157-08-1

Source Actu - 29 Août 2020

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