La main des sourds

Usage alcool, tabac et cannabis dans la population sourde. Comparaison avec population générale

Le programme du Groupe Addiction Sourds a été accepté et financé fin 2019 pour une durée de 3 ans. La rédaction du projet a nécessité un bilan sur les consommations du tabac, de l’alcool et du cannabis dans la population sourde. Les résultats quantitatifs (chiffres et pourcentage de consommation) sont issus des deux enquêtes de Santé Publique France. Les recherches qualitatives (sur motivations, comportements…) existent dans quelques pays : aux États-Unis, au Canada et en Suède. Nous publions dans l’état des savoirs établi en 2019. Toutes vos remarques permettront de préciser progressivement ce premier bilan.
I) Consommation de tabac
La consommation de tabac est nettement plus faible chez les sourds (- 11 % de différence) que dans la population générale. Elle diminue avec l’âge dans les deux populations. Mais, contrairement à la population générale, la consommation ne varie pas selon le genre (que l’on soit une femme ou un homme), le niveau d’étude, de revenus, et le fait de vivre seul ou non.
Une hypothèse pour expliquer une moindre consommation : la barrière de communication rendrait-elle les sourds moins réceptifs aux stratégies marketing, aux publicités des marchands de cigarettes ?
Paradoxalement, les sourds font moins le lien que la population générale entre l’amélioration de la santé et le fait de moins fumer. Est-ce dû à la barrière de communication ?
Par ailleurs les personnes fumeuses se sentent mal informées sur les conséquences du tabagisme (21 % versus 15 % chez les non-fumeurs). On ne retrouve pas une telle différence dans la population générale.
En conclusion, malgré une moindre consommation de tabac, la population sourde manque de connaissances sur la santé. On doit envisager et mettre en place une stratégie d’information adaptée.
II) Moments à risques
Les usages de cannabis sont légèrement supérieurs à ceux de la population générale. Dans les deux populations, les consommateurs sont surtout les jeunes (26% des jeunes dans la population sourde contre 20 % dans la population générale), les hommes et les personnes vivant seules.
L’alcoolisation ponctuelle importante (API) se définit par une consommation d’au moins 6 verres dans une même occasion. Dans la population sourde, plus de personnes pratiquent cette API..
Les fêtes
Les sourds affrontent des problèmes de communication dans le monde entendant. Quand ils se regroupent, les fêtes sont des moments heureux de conversation sans obstacles. Une étude américaine avance que les consommations de substances (cannabis…) ou d’API sont valorisées lors de ces fêtes. Comment éviter de consommer quand on craint d’être isolé dans le groupe dont on a tant besoin ? On retrouve la même importance de ces moments conviviaux rapportés par une recherche sur le sida faite dans les années 1990. Dans ces moments : « on fête ensemble, on boit, on perd la tête, et on oublie de mettre le préservatif ».
III) Consommation d’alcool
La consommation de vin (64,8 %) est supérieure à celle constatée dans la population générale (51,4 %). La bière est moins consommée (54,7% versus 56;4%).
Ce qui est souvent remarqué : la difficulté à reconnaître la dangerosité de certains alcools (et de l’alcool en général). Des études américaines relèvent aussi un déni en matière de dépendance à l’alcool. Ce refus serait lié à l’idée que la dépendance à l’alcool reflète une faiblesse morale (et non une maladie). Reconnaître que des sourds soient dépendants à l’alcool donnerait une mauvaise image de la communauté. En raison cette conception morale la personne concernée elle craint sa mise à l’écart de la communauté.
IV) Le niveau de détresse psychologique.
Plus il est élevé, plus les consommations de tabac et d’alcool sont importantes (Baromètre Santé Sourd et Malentendants). On sait que parmi les jeunes, le manque d’estime de soi, les difficultés scolaires et de communication prédisent souvent une consommation tabagique supérieure. On sait aussi que cinq fois plus de personnes que dans la population générale ont eu des pensées suicidaires dans l’année. On retrouve le sentiment d’isolement, les trop nombreux efforts réalisés pour être scolarisé, se former, avoir un métier.
L’œuf et la poule : les substances addictives sont-elles le déclenchement ou la conséquence de cette détresse psychologique ?
V) L’accès aux soins/ aux centres de soins/ aux associations d’entraide
On constate que les personnes sourdes dépendantes de substances addictives entrent tardivement en soins, souvent en raison de complications somatiques (pancréatites, stéatoses, cirrhoses, cancers à un stade avancé).
L’obstacle majeur reste la capacité du monde du soin à accueillir les malades sourds dans leur langue (LSF), et avec leur culture.
La confidentialité est fondamentale. Pour des questions personnelles vous pouvez écrire au mail sourcesls20@gmail.com

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