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La langue des signes : communiquer sans parler

Bien que nous ne nous en rendions pas toujours compte, nous côtoyons régulièrement des personnes atteintes de surdité, légère ou totale. La réalité de ces personnes est cependant peu connue. Annie Beaulieu, travailleuse sociale auprès de ces personnes, nous apporte des précisions sur la réalité des malentendants, leurs façons de communiquer et le travail d’inclusion qu’elle fait avec certains d’entre eux.

Les personnes vivant avec une surdité
Il est nécessaire de sensibiliser la population sur cette réalité et de contribuer à l’intégration sociale des personnes atteintes de surdité. « Ce sont des gens très concentrés, disciplinés, qui font de très bons travailleurs. [Le problème] est la communication. Avec des gestes simples, une communication adaptée, [il est facile de se] comprendre, [de] tisser une relation. Ce sont des humains comme nous », affirme Annie Beaulieu.

Il est important de faire la distinction entre la surdité et être malentendant. Une personne vivant avec la surdité a perdu le sens de l’ouïe et utilise le langage des signes tandis que la malentendance se caractérise selon le Larousse par « une personne dont l’acuité auditive est diminuée ».

On distingue plusieurs catégories de personnes malentendantes. Il y a celles dont la perte d’audition varie de légère à moyenne qui sont capables de communiquer à l’oral et qui utilisent un ou des appareils auditifs. Il y a les personnes sourdes qui le sont de naissance ou depuis l’âge de trois ans en raison d’une méningite, et qui communiquent avec la langue des signes québécoise (LSQ). « Leur langue maternelle est la langue des signes et le français la langue secondaire. [Aussi], plusieurs sourds sont analphabètes ou [ont un faible niveau de français] », dit la travailleuse sociale. Leur surdité est souvent de sévère à profonde.

« Il y a deux générations de sourds. Les adultes-aînés (50 ans et plus) et les plus jeunes (50 ans et moins). Les 50 ans et plus ont demeuré en institut et ont quitté leur famille pour se regrouper pour obtenir une scolarisation adaptée. »

Les adultes ont vécu en institut ou en famille d’accueil. Les enseignants, éducateurs et autres sourds sont devenus leur famille.

Une scolarité adaptée
Il existe plusieurs organismes qui viennent en aide aux personnes malentendantes ou sourdes. L’école oraliste est une institution pour les personnes avec des problèmes auditifs ou langagiers. La langue qui y est enseignée est le français. Elle a été créée par le groupe de recherche en intervention auprès des enfants sourds (GRIES) de l’Université Laval. Elle a été reconnue comme la première école oraliste de langue française en Amérique du Nord par le Ministère de l’Éducation en 2002. Elle a pour but l’intégration des élèves dans des milieux scolaires réguliers. Les interventions qui sont faites auprès de ceux qui fréquentent l’école sont adaptées à leurs besoins.

Les personnes sourdes sont très visuelles et apprennent par un mode expérientiel. Comme l’explique Mme Beaulieu, ces personnes doivent constamment « chercher de l’information, deviner et essayer de comprendre les discussions entourées de personnes entendantes. Elles veulent communiquer dans leur langue ». Dans le quotidien, où tout se déroule rapidement, elles essaient de s’adapter. L’adaptation est beaucoup plus facile maintenant avec les réseaux sociaux et les cellulaires. Les sourds ont plus de facilité à communiquer entre eux et avec les entendants et à briser l’isolement. Ils utilisent surtout le sens de la vue pour se guider. « Ils communiquent par écrit, [avec des] gestes et mimes simples pour se faire comprendre lorsqu’ils doivent [interagir] avec des personnes qui ne connaissent pas la LSQ », renchérit-elle.

Le langage des signes
Les sourds, ayant un sens en moins, ont plus de difficulté à communiquer. Le langage des signes est ce qui leur permet de s’exprimer et de comprendre. La langue des signes n’est pas universelle ; il en existe plusieurs types. Le GESTUNO en est un exemple. « Il est utilisé lors de conférences rassemblant plusieurs pays ». Il y a aussi l’American Sign Language (ASL) et la Langue des signes française (LSF) ainsi que la Langue des signes québécoise (LSQ). Chaque pays a sa propre langue des signes.

Le langage des signes n’est pas nécessairement difficile à apprendre ou à enseigner, mais il est « plus facile à apprendre si nous sommes visuels et gestuels de nature », souligne Annie Beaulieu. « L’immersion et la pratique [favorise l’apprentissage de cette langue], qui doit se faire par des personnes sourdes ».

Travailler avec cette particularité
« Les qualités importantes [qu’il faut posséder pour travailler avec des personnes atteintes de surdité] sont d’avoir une grande ouverture, [de] ne pas être susceptible, [d’être respectueux], [à] l’écoute, [d’] être capable de parler de soi un peu afin de démontrer que nous ne sommes pas supérieurs à eux », selon la travailleuse sociale. On doit également être en mesure d’établir un lien avec eux en se montrant humain, croire en eux et les complimenter de temps à autre pour qu’ils se sentent fiers.

Ce n’est pas facile de travailler avec des personnes sourdes qui utilisent la LSQ, car c’est « une autre langue, une autre culture ». D’après Mme Beaulieu, « c’est [un travail] très stimulant et un défi à la fois. L’enjeu principal est de créer un lien avec le client, un bon lien thérapeutique. Pour eux ça passe ou ça casse ».

Annie Beaulieu décrit le rôle du travailleur social qui « fait des suivis individuels, avec des couples ou des familles pour maximiser l’accès à l’information et la communication. Il y a des familles qui, des parents aux enfants, vivent avec la surdité. Son travail est de guider les parents sur le développement des enfants, de leur apprendre comment bien communiquer et de stimuler les enfants. Il aide aussi à soutenir un couple de parents en tant que parents d’un enfant sourd. Le travail se fait principalement sur le plan du développement de l’autonomie de la personne sourde, l’interaction avec d’autres personnes ainsi que la gestion des émotions et du stress. »

La difficulté dans ce travail est que les personnes sourdes « sont en général des gens qui vivent le moment présent, ils sont peu en recherche de solution. Ils ne font presque pas la différence entre une situation urgente ou importante et une situation normale. Ils ont souvent l’impression que les personnes entendantes « décident » pour eux, ce qui est en partie vrai », admet Annie Beaulieu.

Il y a tout de même un côté positif à travailler avec eux. « La langue des signes est très riche et permet à tout le corps de parler. L’intonation de la voix passe par l’expression du visage et du corps. C’est vivant. Ce sont des gens très ouverts d’esprit ayant peu de filtre sur tout. Ils possèdent un humour vraiment intéressant », exprime la travailleuse sociale.

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