La main des sourds

Florine Archambeaud, interprète en langue des signes française

Depuis le début de la crise sanitaire, des interprètes en langue des signes française sont présentes aux côtés des hauts dignitaires de l’État. Parmi elles, Florine Archambeaud, fondatrice d’une agence d’interprétation en LSF. Elle nous parle de son métier et de ses espoirs quant à l’accessibilité de cette langue au plus grand nombre.

Sans un bruit, le visage s’anime et les mains dessinent des formes dans une mélodie de gestes fluides, rapides, hypnotiques. Depuis le début de l’épidémie, le rituel est immuable : des interprètes en langue des signes française (LSF) traduisent en direct le discours du directeur général de la santé Jérôme Salomon. Parmi elles – il s’agit presque exclusivement de femmes – : Florine Archambeaud, fondatrice de Trilogue, une agence d’interprétation en LSF installée à Paris.

Avec ses collègues, elle rend accessible aux 5 millions de Français sourds ou malentendants le funeste bilan de la situation sanitaire. Dans un ballet bien orchestré, deux à quatre interprètes se relaient toutes les dix minutes.

Avec ses collègues, elle rend accessible aux 5 millions de Français sourds ou malentendants le funeste bilan de la situation sanitaire.

Un nécessaire travail d’équipe tant l’exercice est exigeant : « Pendant que je traduis, il faut que je continue à mémoriser et à comprendre ce que dit l’interlocuteur, pour être ensuite en mesure de reformuler et de donner le contexte. » Postée à proximité, une collègue peut lui souffler, si besoin, un chiffre ou un numéro de département oublié. « À la fin de la conférence, je suis épuisée comme après une séance de sport », confie la dynamique trentenaire, qui a découvert la langue des signes au collège auprès d’amis sourds.

Une préparation exigeante

Au gré de l’épidémie, la LSF s’est enrichie de signes nouveaux. Celui signifiant « coronavirus » a été inventé par un Américain. Le mot chloroquine – comme tous les noms de médicaments – est quant à lui épelé. Pour trouver le signe juste et ne jamais être prise au dépourvu, Florine Archambeaud redouble d’exigence dans la préparation : avec son équipe, elle analyse la traduction de la veille, se documente sur l’épidémie, révise la géographie française…

Le médaillon, c’est comme si vous mettiez le volume de votre télévision très bas.

Depuis le début de la crise, la LSF vit un bond en avant. En lieu et place du médaillon en bas à droite, les interprètes apparaissent aujourd’hui au même niveau que l’interlocuteur. « Le médaillon, c’est comme si vous mettiez le volume de votre télévision très bas. Désormais, les sourds comprennent les informations comme les entendants », se réjouit la jeune femme, qui espère que ces progrès dans l’accessibilité de la langue des signes française vont perdurer. Et que, plus qu’un effet de mode, la présence d’interprètes auprès du président de la République et des ministres devienne la norme.

La LSF

Interdite pendant un siècle pour forcer les enfants sourds à parler, la langue des signes française est autorisée à l’école depuis 1991. Elle est reconnue comme langue à part entière en 2005. La même année, la loi sur le handicap impose aux chaînes TV de proposer une tranche d’information quotidienne doublée en LSF.

Source https://www.lepelerin.com - 4 Juin 2020

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