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Langue des signes : « En milieu rural, il n’y avait rien »

En lançant des cours d’initiation à la langue des signes dans le pays de Châteaubriant, Isabelle Momméa a comblé un vide pour rapprocher les personnes sourdes et entendantes. Face à la demande, cette ex-auxiliaire de vie veut étendre ses interventions.

Isabelle Momméa lance des cours d’initiation à la langue des signes dans le pays de Châteaubriant. Elle intervient bénévolement depuis septembre 2019 à Châteaubriant, Saint-Aubin-des-Châteaux et Pontchâteau.

Entretien avec Isabelle Momméa

Pourquoi avez-vous lancé, en septembre 2019, des cours d’initiation dans le pays de Châteaubriant ?

Quand j’étais auxiliaire de vie auprès des personnes âgées et handicapées, ainsi que sapeur pompier volontaire, j’ai été confrontée à des personnes sourdes et ce n’était pas facile de les comprendre. Je me suis dit qu’on ne pouvait pas rester indifférent.

J’ai acheté un premier livre puis j’ai suivi une formation diplômante à Rennes. Je me suis vite aperçu que les formations coûtaient cher et qu’en milieu rural, il n’y en avait pas du tout. Tout se passe dans les grandes villes. J’ai donc voulu faire découvrir cette langue magnifique en créant l’association Bab’Ysa Signe. Le monde des sourds et celui des entendants sont encore deux mondes à part : la langue des signes permet de les rapprocher.

Où et quand ont lieu ces cours ?

À raison d’une heure par semaine, de septembre à juin, ils ont lieu le lundi à Saint-Aubin-des-Châteaux, le jeudi à Châteaubriant et le samedi à Pontchâteau, dans des salles prêtées par la mairie de Châteaubriant et par les associations Arcel et Le Fil. Les inscriptions ont lieu en septembre. Le tarif d’adhésion finance les fournitures, mais j’interviens bénévolement. Je cherche des partenariats afin de lancer des cours dans d’autres communes, comme Petit-Auverné. J’interviens également sur demande auprès de particuliers et de professionnels.

Des bases pour communiquer

Combien de personnes suivent vos cours et qui sont-elles ?

J’enseigne à 80 personnes, de 15 à 70 ans. La demande est importante. J’ai dû mettre en place deux groupes dans chaque commune afin de ne pas dépasser quinze élèves à chaque fois, sinon c’est impossible. J’ai 85 % de personnes entendantes. Ce sont pour la plupart des professionnels en contact avec le public qui souhaitent avoir quelques bases afin de pouvoir communiquer, au cas où, avec des personnes sourdes ou malentendantes. Cela va des infirmières aux policiers, en passant par des aides-soignantes, des auxiliaires de vie scolaire, des secrétaires etc. Je leur apprends à dire bonjour, prendre un rendez-vous, demander des nouvelles, rassurer, savoir où la personne a mal, etc. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est déjà très important.

Vous avez également des personnes sourdes et malentendantes ?

Oui. J’ai plusieurs personnes qui le sont devenues avec l’âge ou après un problème de santé, comme cette dame de 60 ans qui a perdu l’ouïe après une méningite. Cela peut arriver à tout le monde. Les personnes malentendantes sont souvent appareillées mais ce n’est pas toujours très efficace. Quelques mots en langue des signes peuvent faciliter le quotidien. Sinon elles risquent de se couper du monde, de s’énerver, de déprimer. Aujourd’hui, grâce à la visio, on peut échanger avec ses amis sourds à distance. J’ai d’ailleurs poursuivi les cours pendant le confinement.

« Un café signes » à Châteaubriant

Cette langue est-elle difficile à apprendre ?

Non, mais il faut beaucoup de pratique. C’est une langue à part entière, reconnue comme telle en 2005 seulement, avec une syntaxe très différente de la langue française. Mon but est de donner aux gens l’envie de l’apprendre et de les orienter ensuite, si besoin, vers des centres de formation. À la rentrée, je ferai deux cours différents par niveaux, débutant et confirmé. Et je lancerai un « Café signes » à Châteaubriant, une fois par mois, une rencontre autour d’un verre pour échanger en langue des signes avec des personnes sourdes.

Bébés : signer au lieu de pleurer

En marge de ces cours de langue des signes, Isabelle Momméa anime également des ateliers dits « Bébés signeurs », en crèche ou auprès de groupes de mamans. Une solution méconnue pour communiquer avec sa progéniture : « Comme les bébés ne savent pas parler, ils s’expriment souvent par des pleurs. De 6 mois à 3 ans, on peut leur apprendre beaucoup de mots issus de la langue des signes pour dire « j’ai soif », « j’ai faim », « j’ai mal », etc. Il s’agit de leur permettre de s’exprimer avant qu’ils sachent parler. Cela évite des pleurs ! »

Contact. Isabelle Momméa, tél. 06 38 59 53 32. Mail : babysa-signe@orange.fr. Site : www.babysa-signe.fr

Source
https://www.ouest-france.fr - 31 Mai 2020 à Châteaubriant
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