La main des sourds

Delphine Seyrig

Transcription écrite :
“Je pense qu’a partir du moment où mon bonheur dépend d’un homme, je suis une esclave et je ne suis pas libre.

1972
Sexime: la colère de Delphine Seyrig

La question du bonheur, alors parlons-en.
Les femmes gagnent moins d’argent que les hommes.
Les femmes sont obligées, en plus de l’argent qu’elles gagnent, quand elles en gagnent, moins que les hommes, d’assumer un travail à la maison qui est gratuit.
Quand un homme se marie, il épouse une femme de ménage gratis.
Il y a une culture féminine et une culture masculine.
Il est évident par exemple…
On se pose des tas de questions.
Pourquoi est-ce que les femmes ne sont jamais de grands artistes ?
Pourquoi est ce que depuis la nuit des temps, on parle de Michel-Ange
Tout ce qui est art dans notre civilisation, est le fait des hommes et pas des femmes.
Alors les femmes peuvent, et pensent qu’elles sont moins douées, moins intelligentes, que le génie est une chose qui ne leur appartient pas.
On peut décider que les femmes sont inférieures.
C’est une décision qu’on peut prendre.
C’est une décision raciste.
La question est que les femmes veulent se prendre en main elles-mêmes.
Y’a pas un peu de racisme là-dedans ? Où est le racisme ? Où est le racisme ? Qui a ségrégé les femmes ?
Pourquoi est ce que les femmes ne peuvent pas flâner dans la rue à minuit ?
Pourquoi est ce que…
Les hommes peuvent flâner à toutes les heures de la nuit.
Qui commet les viols ?
Est ce que c’est les femmes qui violent les hommes ?
Qui fait la ségrégation, qui tient tous les journaux politiques ?
Je parle pas des journaux féminins qui vous apprennent la mode et la couture.
Mais je parle des journaux politiques, ils sont entre les mains de qui d’une façon générale ?
Des hommes.
Je suis le type de l’esclave.
Je sais exactement ce que c’est que l’image que les hommes veulent avoir des femmes. Seulement, à partir du moment où je m’en rends compte et où je le dis, je deviens quelqu’un de très antipathique pour les hommes.
On dit volontiers, et à tort à mon avis, qu’il existe des femmes libres.
Je crois que c’est faux.
Je suis la première à savoir que je ne suis pas libre.
Par conséquent, Il est normal que je sois en mouvement pour être libre.
Si une femme n’est pas mariée, elle est fichue puisqu’elle gagne pas d’argent, ou pratiquement pas.
Elle n’a pas d’avenir.
Il n’y a aucun poste, il n’y a aucune…
Y’a aucun avenir pour elle.
Elle est forcément dépendante du mariage.
Le mariage est une forme de, une forme disons de, pour prendre un mot énorme, une forme de prostitution.
La femme se donne physiquement, gratuitement, et elle fait le ménage gratuitement pour un homme, moyennant quoi, elle est logée, nourrie.
Mais il faut qu’elle se lève la nuit pour torcher les gosses et pour les soigner.
Quand elle a un travail, et que son mari a un travail aussi, et que les enfants sont malades, qui est ce qui reste à la maison ?
C’est la femme.
Parce que finalement, sa contribution financière au ménage est accessoire.
C’est quand même l’homme qui, lui, continue à travailler.
En fait, la beauté est d’abord une chose qui passe, est une chose sur laquelle on nous apprend beaucoup à compter, et sur laquelle on ne nous apprend pas…
Enfin, on nous apprend aussi qu’on la jette à un certain moment donné.
Les femmes sont conditionnées à servir les autres et à ne pas s’occuper d’elles-mêmes.
Elles sont conditionnées à être toujours au service de l’extérieur.
Quitte à se maquiller d’ailleurs.
La célébrité, elle est due au plus grand des hasard, et à l’appui, certainement, des hommes.
Je crois que les actrices sont dépendantes, comme toutes les autres, du règne des hommes.
Et bon grâce à ça, j’ai fait des films et j’ai joué au théâtre.
J’ai les mains qui tremblent, je ne suis pas à mon aise.
Parce que j’ai trop à dire, y’a un trop-plein.
Beaucoup de femmes ont ce trop-plein en elles.
Ça prouve que leur vie n’est pas ce qu’elle devrait être.
Et je crois que, c’est très important à dire parce que je le ressens moi-même là en ce moment.
Et je trouve qu’étant une femme, je voudrais qu’on sache que j’en suis consciente, et je sais que beaucoup de femmes partagent ça avec moi.
De là vient surement cette agressivité qu’a souvent le Mouvement de libération des femmes et qui n’est pas sympathique.
Ça vient peut-être de là ?
Je ne sais pas si le calme des hommes est tellement sympathique. “

Qui est-elle ? Delphine Seyrig est une actrice et réalisatrice française féministe. Elle a joué une personnage en fée dans le film très célèbre “Peau d’âne” : La fée des lilas.

Merci à la traductrice en LSF : Radia Darkaoui.

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