À Brest, une association crée des masques transparents pour les malentendants

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Rozenn Fichou (à droite) et Mary Gourhant (à gauche). Toutes deux à l'origine de l'association "Masque à rade". Mary Gourhant, couturière de formation, a imaginé ce modèle de masque transparent qui laisse voir le visage.

Nos visages masqués privent les personnes sourdes et malentendantes de la lecture labiale et des expressions du visage. À Brest, des couturières bénévoles ont eu une idée de génie : des masques transparents. Vu l’engouement, elles aimeraient recevoir de l’aide d’un industriel.

“C’est une situation difficile de voir ces visages masqués. J’aime voir les expressions du visage, voir si la personne est sympa ou pas, regrette Fabien*, sourd de naissance. Si la personne ne sait pas signer, c’est un vrai casse-tête car je ne vois pas ses lèvres. Je demande à la personne d’écrire le message. C’est un sentiment de frustration de ne pas communiquer comme avant.”

Inventé par une Brestoise

Pour continuer à voir le bas du visage, rien de plus simple que le masque en plastique, il fallait y penser… Et c’est Mary Gourhant, couturière de formation et bénévole à l’association Masque À Rade, à Brest, qui en a inventé un modèle. Ouvert en bas, il permet de respirer normalement et évite le passage des postillons dans les deux sens. Fabriqué essentiellement à base de PVC, il est facile à désinfecter.

Le masque en plastique imaginé par “Masque à rade”

Les masques en plastique sont mieux adaptés car je peux voir, lire les expressions du visage, qui est un des paramètres de la communication important pour moi-même et tous les sourds – reconnaît Fabien, malentendant

Portés par leurs interlocuteurs, les masques transparents sont appréciés des personnes sourdes et malentendantes, qui peuvent distinguer les expressions du visage. A contrario, portés par les malentendants eux-mêmes, les masques en plastique leur permettent de se servir de leur visage pour s’exprimer.

“Le problème de la visière c’est que les mains viennent taper quand la personne signe”, complète Hélène Halot, directrice adjointe de l’Urapeda (union régionale des associations de parents d’enfants déficients auditifs).

Les couturière sont fatiguées

Oui mais voilà, la fabrication d’un masque en PVC prend beaucoup plus de temps, que celle d’un masque en tissu. Et les couturières de l’association Masque à rade ne sont plus que trois contre 70 à la création de l’association il y a quelques semaines. Et elles sont fatiguées. 

Lancée à Brest pour fournir des masques gratuitement, l’association a produit plus de 10 000 masques en tissu. Depuis, si des couturières bénévoles ont repris le travail, certaines ont rejoint “l’usine invisible” qui les rémunère à la pièce et d’autres ont tout simplement arrêté par lassitude.

Des messages masqués

Les commandes affluent de partout. Les expressions du visage sont importantes pour les jeunes enfants, les handicapés mentaux et tout un chacun qui y perçoit une partie du message de son interlocuteur.

“Je souhaiterais que le personnel soignant, le personnel de l’éducation, de la restauration, les employés des magasins… portent des masques ou visières en plastique bien adaptés afin d’optimiser la communication soit en langue des signes, en mime ou en écrivant,” conclut Fabien.

Homologation et industrialisation

Bientôt Mary Gourhant et Rozenn Fichou, les deux piliers de l’association reprendront, elle aussi, leur emploi. Ells ont déposé un brevet pour le masque et une marque, Marozz.
Alors tant qu’à en être arrivées là, elles aimeraient que leur idée perdure. Pour cela, il faut homologuer le masque et en produire de façon plus industrielle. Elles appellent donc les bonnes volontés à prendre le relais.

* Le prénom a été modifié.

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