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À l’origine de la langue des signes

Depuis l’annonce du confinement en France, elle est présente dans toutes les allocutions officielles. Pourtant, une grande méconnaissance entoure toujours cette langue gestuelle, qui doit son enseignement massif à un abbé français militant.

C’est à un prêtre janséniste français que l’on doit la reconnaissance de la langue des signes en France et dans le monde. Charles-Michel de l’Épée est né en 1712, la même année que Jean-Jacques Rousseau. Il partage avec le philosophe l’ambition d’une éducation pour toutes et tous. 

Charles-Michel de l’Épée apprend la langue des signes à un enfant sourd. • Crédits : Universal History Archive/Universal

Dans sa jeunesse, il parcourt les villes pour faire le catéchisme aux enfants pauvres. Et c’est lors d’une de ces visites, qu’un déclic s’opère chez lui.

L’idée d’éduquer les sourds lui est venue après avoir rencontré deux petites filles sourdes, qui étaient jumelles. Elles étaient en train de se parler en langue des signes. L’Abbé les observe et là, il comprend. Flora Amann, historienne

Les sourds ont une langue naturelle

Ce que l’Abbé saisit alors est révolutionnaire pour l’époque : les sourds et les sourdes ont une langue naturelle. Jusqu’ici, ils sont considérés à tort comme dénués d’intelligence et une grande méconnaissance entoure leur communication.

Seuls les plus aisés accèdent à une éducation grâce à des précepteurs privés. Et l’Abbé veut combattre cette inégalité. Il commence par donner des leçons chez lui, rue des Moulins, à Paris. En 1760, il reçoit des aides royales qui lui permettent de fonder la première institution éducative gratuite pour les sourds à Paris.

Une méthode d’apprentissage révolutionnaire

L’Abbé de l’Épée met au point une méthode d’apprentissage unique mais n’est pas pour autant “l’inventeur de la langue des signes”, qui existe, elle, depuis toujours. Des traces de langues gestuelles ont été retrouvées dès l’Antiquité et des moines ayant fait vœu de silence en utilisaient des variations. 

L’Abbé de l’Épée, lui, ce qu’il a permis, c’est de donner aux sourds une éducation qui est fondée sur le geste. Il a inventé ce que l’on appelle des signes méthodiques. Donc, ce n’est pas une langue des signes mais une méthode gestuelle d’apprentissage du français. Flora Amann, historienne

Charles-Michel de l’Épée a également permis l’accès à une scolarisation massive, gratuite et une vaste reconnaissance de la langue des signes en France. Il codistribuait des prospectus dans la capitale pour inciter les gens à venir assister à des leçons publiques et remplissait les salles. Les spectateurs étaient invités à poser des questions aux élèves, qui leur étaient traduites par l’Abbé lui-même. Ainsi, le public témoignait de la culture générale des sourds.

C’était vraiment un grand communiquant. Il arrivait à attirer dans son école un large public. Pas seulement un public savant. Il y avait des scientifiques, des romanciers, qui venaient assister à ses séances. Flora Amann, historienne

Un prospectus de l’Abbé de l’Épée pour inviter des personnes à assister à ses leçons

Un rayonnement international

Grâce à son influence, l’intérêt pour la langue des signes grandit en France et dépasse même les frontières du pays. Même si de son vivant, de nombreux contradicteurs vont fustiger son enseignement au profit de la méthode orale, qui pousse les sourds à s’exprimer de façon verbale. 

En 1789, L’Abbé meurt pauvre et infirme, après s’être privé de nombreux mois pour ses élèves. Mais ses disciples, comme l’Abbé Sicard ou Laurent Clerc, exportent sa méthode d’apprentissage en Europe et aux États-Unis et perpétuent son héritage.

Une élève américaine apprend à épeler son prénom en langue des signes (1979)

Une figure centrale du militantisme sourd

L’Abbé de l’Epée s’est imposé comme une figure importante du militantisme sourd qui se bat toujours pour défendre les droits des personnes sourdes et contredire les préjugés persistants sur la langue des signes.

Ce n’est pas du mime, ce n’est pas un code gestuel du français. La langue des signes possède sa propre grammaire, qui est distincte de la grammaire française. Ce n’est pas non plus une langue universelle. Il y a différentes langues des signes selon les pays. Au Canada par exemple, deux langues des signes cohabitent. La langue des signes et la langue française sont deux langues bien distinctes et donc les sourds français sont bilingues. Flora Amann, historienne

Aujourd’hui encore, seulement 4% des sourds suivent des études supérieures en France et 50% n’accèdent pas à l’emploi à l’âge adulte.

Source https://www.franceculture.fr - 28 Avril 2020
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