La main des sourds

Dordogne : quand le port du masque complique le quotidien des personnes sourdes

Les protections empêchent les personnes malentendantes de lire sur les lèvres. Une difficulté supplémentaire.

Le port du masque, encouragé ces derniers jours par le gouvernement, se généralise depuis quelques semaines. Une nécessité pour la santé de tous mais une difficulté pour les sourds et malentendants qui lisent sur les lèvres.

Dans les supermarchés, lors de contrôles routiers… Certaines situations sont problématiques et demandent « plus d’effort » et engendrent plus de fatigue, raconte Valérie, une habitante de Bergerac (Dordogne). Alors, elle a trouvé la parade : « Je me suis fait un badge avec le symbole sourd et je vais avec faire mes courses, cela limite des malentendus. »

Difficile de prendre rendez-vous avec des professionnels de san

Une autre fois, c’est Pascale qui a « vu un masque bouger » sans comprendre à la caisse d’un supermarché. Ou qui a répondu à un gendarme en langue des signes. « Il s’est senti perdu », se rappelle-t-elle. Même si, la plupart du temps, les gestes permettent finalement de communiquer. Pour certains de ses amis privés d’audition, difficile aussi de prendre rendez-vous avec des professionnels de santé, joignables par téléphone.

Elle évoque aussi des masques vus sur les réseaux sociaux avec une partie transparente au niveau de la bouche pour permettre la lecture labiale. « Sont-ils en fabrication ? Je ne sais pas mais c’est une idée qui fera son chemin », estime Philippe Lefebvre, le président de l’association Sourds, entendants et malentendants 24–47. « [La question du port du masque], ça fait des années que j’en parle avec mon médecin traitant car le problème est le même quand il y a une épidémie de grippe, ou quand il s’agit d’un chirurgien, etc. »

« Ils seront encore plus coupés du monde »

Cette problématique a également interpellé Sarah Fortin, professeure des écoles spécialisée dans les troubles de la fonction auditive et intervenant auprès de jeunes sourds de Dordogne. Elle craint qu’une généralisation du port de masques par les professeurs après le 11 mai porte préjudice aux élèves qui ne pourront plus suivre les cours de manière optimale. « En temps normal, c’est déjà compliqué, là ça leur ajoute encore plus de difficultés, pense-t-elle. Et la communication avec les copains dans la cour… Ils seront encore plus coupés du monde. »

Pour l’éviter, l’enseignante et la structure dont elle dépend ont comman50 visières transparentes, offertes par la plateforme Covid3D. Elle espère ainsi équiper tous les interlocuteurs des jeunes sourds.

Source https://www.sudouest.fr - 22 Avril 2020

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