«Les masques, c’est ma hantise» : le désarroi des sourds et malentendants face au coronavirus

Mesure barrière par excellence, le port du masque est une barrière tout court pour les milliers de sourds et malentendants qui peinent désormais à communiquer avec le monde extérieur.

« Je me suis sentie très mal comprise et attaquée. Comme si c’était de ma faute si ma pharmacienne devait enlever son masque! » Depuis plusieurs semaines, pour Maeva, jeune femme malentendante, comme pour beaucoup d’autres personnes souffrant de problèmes de surdité, aller faire des courses est devenu problématique.

Médecins, pharmaciens, caissiers de supermarchés… Le port du masque est désormais un élément essentiel pour faire barrière au coronavirus. Mais c’est aussi un frein à la communication pour ceux qui sont habitués à lire sur les lèvres. La pharmacienne de Maeva a mis, selon elle, beaucoup de mauvaise volonté pour comprendre sa cliente, qu’elle connaît pourtant bien. « Elle râlait quand elle devait ôter son masque et le remettait aussitôt à chaque fois », dépeint la jeune femme.

« Les masques, c’est ma hantise », souffle aussi Brunetta. Un soir de cette semaine, alors que la formatrice en langue française des signes (LSF) se sentait mal, elle a contacté les pompiers. « Quatre hommes habillés d’une combinaison blanche, avec des lunettes et masques bec de canard sont arrivés. Quand il a été question de communiquer, ça a été la catastrophe, je ne comprenais rien à ce qu’ils me disaient… » Même mésaventure le lendemain. « Impossible de comprendre la pharmacienne. C’était très dur. »

La LSF dans le milieu médical, pour « briser les barrières »

Marianne Queval, habitante de Valenciennes et malentendante à 80 %, fait, elle, partie de ceux qui présentent des symptômes du Covid-19. Et c’est après une mésaventure aux urgences que la jeune femme a décidé de diffuser une vidéo en langue des signes pour alerter sur la situation des sourds et des malentendants, un public déjà bien souvent isolé.

https://www.facebook.com/1294577498/videos/10221744839112266/

Lorsqu’elle commence à ressentir de la fièvre et des maux de tête, mi-mars, elle compose le 114. Ce numéro est un indicatif à destination des personnes présentant des problèmes d’audition. Aux urgences du CHU de Valenciennes, Marianne Queval, qui ne peut comprendre ceux qui l’entourent qu’en lisant sur leurs lèvres, se trouve, mesures de protection obligent, entourée de personnes au visage couvert.

« Ça a été horrible, personne n’a voulu enlever son masque. C’était le début de l’épidémie, ils ont préféré prendre leurs précautions, ce que je peux comprendre », analyse-t-elle aujourd’hui. Mêmes déboires face à sa médecin généraliste, quelques jours plus tard, ainsi qu’à la pharmacie.

La communication s’est néanmoins améliorée le week-end dernier, lorsque Marianne Queval, en proie à une nouvelle crise respiratoire, retourne aux urgences. « La prise en charge était meilleure, rapporte cette jeune maman, qui déplore encore aujourd’hui une « pression constante » sur sa cage thoracique. Une infirmière a accepté d’enlever le masque, mais elle était à 1 mètre ». « Il faudrait une meilleure prise en charge pour les futurs patients sourds et instaurer la langue des signes dans le milieu médical, apprendre la base. Ça permet de briser les barrières », insiste cette ancienne Miss France sourde.

Les téléconsultations, pas toujours adaptées

En attendant, certains ont trouvé la parade. « Avant d’aller à la pharmacie, j’ai préparé une petite note indiquant ma surdité sévère et précisant qu’il fallait m’écrire si besoin, et tout s’est bien passé », salue Marie-France, qui a ajouté « un petit mot pour les remercier d’être à leur poste ». Le collectif Signes et paroles a également mis à disposition sur son site une fiche de communication en LSF, destinée à l’accueil des personnes sourdes à l’hôpital.

Source http://www.leparisien.fr - 3 Avril 2020
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