La main des sourds

A la Papotière, le service se fait en langue des signes

Parmi les derniers nés des restaurants nantais, La Papotière, où le service se fait en langue des signes. Le concept, novateur, remporte plus de succès que ne le pensait à l’origine ses conceptrices.

Franchir la porte du restaurant La Papotière, situé à quelques pas de la mairie, est une invitation à faire fi de ses préjugés et habitudes. À l’intérieur, un peu plus d’une vingtaine d’affiches y enseignent comment commander un plat… en langue des signes. Pour les moins téméraires, indiquer avec le doigt le plat souhaité est aussi conseillé. À terme, plus de 150 de ces affiches devraient guider les clients.

Les habitués du restaurant commandent en langue des signes

Bienvenue dans ce restaurant de 44 couverts lancé début décembre, un nouveau restaurant nantais où la différence est à la carte, à la manière du Reflet ou de la Fraterne qui vient d’ouvrir à Couëron. À la cuisine, Lila, qui mijote les plats à partir de produits locaux. Elle est atteinte de surdité. Touché par le même handicap, en salle et à l’accueil, Benjamin, recruté fin janvier pour répondre au succès. Il est épaulé par Imane, 28 ans, co-fondatrice du restaurant qui ouvre ses portes de 10 à 18 heures dans le centre, rue Saint-Léonard. Imane non plus ne peut entendre. Kanyaman Brossaud, 27 ans, complète l’équipe : après neuf mois passés à apprendre le langage des signes, elle est devenue bilingue.

C’est lors de cette formation que j’ai fait connaissance d’Imane, explique cette dernière.Nous avons alors eu l’idée de lancer ce restaurant pour valoriser la langue des signesAvant de passer du projet sur papier au local de 100 m² à la déco travaillée, il a fallu dénicher un site ( six mois pour le trouver), lever des fonds ( une campagne sur le net de financement participatif a permis de récolter 10 000 €), bien définir les contours du concept… Deux ans et demi d’investissement pour un lancement début décembre 2019.

Trois mois après l’ouverture, La Papotière se fait une place sur le marché ultraconcurrentiel de la restauration dans le centre. Certains clients mettent du temps à lever la tête quand ils commandent, et s’aperçoivent tardivement qu’Imane s’exprime par langue des signes, glisse avec le sourire Kanyaman. D’autres comprennent tout de suite comme ça se passe ».Quant aux habitués, après l’apprentissage de leurs premiers mots en langue des signes, ils font l’effort de passer commande par le geste.

Illustration des débuts prometteurs, la salle qui devait servir à des ateliers est finalement plus souvent utilisée pour la restauration. Ateliers qui proposent soit de s’initier aux rudiments de la langue des signes, soit, pour les pratiquants, de se rencontrer autour de thématiques comme les contes pour enfant ou les jeux de société (renseignements sur la page Facebook La Papotière ou par mail contact@la-papotière.com).

L’équipe du restaurant a tellement faim de projets qu’elle met à son menu des animations pour épicer les lieux. Ce sera le cas le 6 mars (à 18 heures), dans le cadre de la journée du Droit des femmes. L’éditrice d’un ouvrage compilant des portraits de femmes sourdes, y dédicacera son livre. Livre dans lequel on retrouve une certaine Lila, cuisinière au restaurant La Papotière.

Source https://www.ouest-france.fr - 9 Mars 2020

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.