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La scolarisation des sourds au Québec, une affaire de religion et d’argent

C’est à l’évêque Ignace Bourget, aux Sœurs de la Providence et aux Clercs de Saint-Viateur qu’on doit, en 1848 et en 1851, l’ouverture des deux premiers établissements voués à l’éducation des enfants sourds-muets à Montréal. Cette prise en charge par les communautés religieuses marquait la fin d’un obscurantisme à l’égard des plus vulnérables de la société, souvent perçus comme des êtres sans conscience. Myriam Wojcik, historienne-vulgarisatrice, explique à Jacques Beauchamp qu’en voulant fournir de la main-d’œuvre au Québec de la révolution industrielle, on a aussi brisé un isolement souvent critique.

Le premier établissement d’éducation pour personnes sourdes est laïque et mixte. Il est fondé à Québec en 1831 par un anglophone, Ronald McDonald. Il faut attendre douze ans pour qu’un pendant montréalais soit envisagé.

Créer des travailleurs

Ignace Bourget, évêque de Montréal, mandate des communautés religieuses pour assurer l’encadrement des laissés-pour-compte de la société, des non-voyants aux mères célibataires. L’Institution des sourds-muets de Montréal, inauguré en 1848, est confié aux Clercs de Saint-Viateur, que Monseigneur Bourget fait venir de France pour cette fin. L’Institution des sourdes-muettes, ouvert en 1851, est remis aux soins des Sœurs de la Providence d’Émilie Gamelin.

Trouver la bonne méthode

L’abbé Irénée Lagorce, de Saint-Charles-sur-Richelieu, et les sœurs Gadbois, de Belœil, sont des acteurs-clés de ce chantier éducatif, et déploient des efforts considérables pour acquérir les connaissances nécessaires à l’enseignement aux sourds.

Sourde et aveugle, Ludivine Lachance était restée dans un réduit, sans éducation aucune, avant d’entrer à l’Institut des sourdes-muettes de Montréal en 1911.

L’obsession de la parole

Deux écoles de pensées existent alors : l’oralisme, qui vise à faire parler les sourds à tout prix, et la langue des signes, qui représente un moyen de communication propre aux personnes souffrant de surdité. Au terme du congrès de Milan de 1880 sur l’éducation des sourds, il est décidé que l’oralisme est le chemin à suivre et que la langue des signes doit être abolie. Pendant un siècle, elle n’est enseignée qu’aux cas féminins les plus lourds, et surtout utilisée en cachette.

Chaînon manquant

La réputation de l’Institution des sourdes-muettes est telle que certaines de ses élèves viennent du Canada anglais et des États-Unis. Les deux instituts de Montréal sont des pensionnats. Outre les matières scolaires de base, les jeunes filles apprennent le tricot, la broderie et d’autres connaissances nécessaires à leur futur rôle d’épouse. Les jeunes garçons, eux, apprennent un métier dans des ateliers.

Avec la révolution tranquille, les sourds sont intégrés au système d’éducation public. Des cas d’agressions sexuelles sont rapportés par d’anciens élèves et les Clercs de Saint-Viateur sont condamnés à verser des indemnités de 20 millions de dollars en 2015.

Selon Myriam Wojcik, les deux instituts montréalais pour sourds-muets ont néanmoins contribué à créer une identité et une culture pour personnes malentendantes.

Source
https://ici.radio-canada.ca - 27 Février 2020
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