Le président de la Fédération des sourds de France à Limoges : « La langue des signes doit devenir une langue de la République »

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Vincent Cottineau, président de la fédération nationale des sourds de France

A l’occasion des 127 ans de l’association de la Maison des sourds de la Haute-Vienne, Vincent Cottineau, président de la Fédération nationale des sourds de France, revient sur les difficultés d’intégration des sourds et malentendants dans la société française

Présent à l’anniversaire de l’association la Maison des sourds de la Haute-Vienne organisée ce samedi 25 janvier, Vincent Cottineau, président de la Fédération nationale des sourds de France, rappelle les raisons de son engagement pour la reconnaissance de la langue des signes française dans la Constitution. 

Cela fait aujourd’hui près de 130 ans que les associations françaises pour les sourds et malentendants existent. Quel est encore leur utilité de nos jours ?

« Je suis sourd. Vous ne l’êtes pas et ne pratiquez pas la langue des signes. Ce soir, nous rencontrer au sein de l’association de la Maison des sourds de la Haute-Vienne nous permet d’avoir une interprète et de pouvoir échanger. Je vais donc pouvoir vous dire qu’une personne sourde a de réelles difficultés à s’exprimer dans notre société. Et son handicap n’est pas comparable aux autres : une personne en fauteuil roulant peut rapidement dire ce qui ne va pas, échanger avec les personnes valides. Une personne sourde reste, la plupart du temps, enfermée dans son monde. Les associations comme celle de la Maison des sourds, au nombre d’une soixantaine en France, jouent un rôle très important pour rompre l’isolement des sourds et malentendants et leur permettre d’échanger sur tout et rien. Sur leur vie, sur les domaines de la culture, la santé, la politique. Entre eux mais également avec des personnes entendantes qui sont nombreuses à s’intéresser et pratiquer la langue des signes au sein des associations. » 

La loi de 2005 a t-elle amélioré l’accessibilité des sourds et malentendants ?

« Cette loi a été très importante. Elle a permis la reconnaissance de la langue des signes comme une langue à part entière, la création de nouveaux centres de formation, l’apprentissage de la langue des signes au sein de l’Education Nationale, comme à Limoges au lycée Renoir parmi les options du baccalauréat. Mais il nous faut aller plus loin. Nous attendons maintenant que la langue des signes entre dans la Constitution. Cette mesure serait symbolique et nous permettrait d’élargir nos moyens pour faciliter l’intégration des sourds et malentendants dans la société. »

Inscrire la langue des signes dans la Constitution changerait quoi, concrètement ?

« Tout d’abord, notre langue des signes deviendrait officiellement une langue française de la République. Ce statut encouragerait de nouveaux interprètes à se former, à acquérir des diplômes. Nous pourrions avoir davantage de subventions pour nous aider à obtenir plus d’interprètes dans tous les domaines de notre société, et de mieux représenter les sourds dans l’audiovisuel.

Rien que dans ce dernier domaine, j’ai deux exemples très concrets. Dépêcher en urgence un interprète pour traduire un passage important du ministre à la télévision reste très compliqué. Nous n’avons donc ni la traduction en direct du plateau, ni les sous-titres. Et si les médias jouent un rôle essentiel pour la prise en compte de notre handicap, réaliser une interview est aujourd’hui difficile. Les rédactions n’ont pas toujours les moyens d’investir dans un interprète pour un article, et nous non plus… Alors le sujet ne se réalise pas.

Les rédactions n’ont pas toujours les moyens d’investir dans un interprète pour un article, et nous non plus… Alors le sujet ne se réalise pas

Mais il y a d’autres domaines où la pénurie d’interprètes est plus grave. Les tribunaux propose parfois des interprètes pour assister la condamnation d’une personne sourde. Il y a eu parfois des erreurs dans l’annonce des peines à cause d’une incompétence ou d’une tricherie de l’interprète qui n’a pas su retranscrire correctement les propos du juge. Cela est vraiment source de problèmes. Dans le domaine de la santé, il y a eu une avancée avec le numéro spécial pour appeler les secours, mais il reste beaucoup à faire.

Globalement, le problème reste l’intervention ponctuelle de l’interprète pour assurer le lien entre le monde des sourds et celui des entendants. Quand on met une rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite, la rampe est permanente. Nous n’allons pas l’enlever après le passage du fauteuil. Pour les interprètes ce doit être la même chose. Ils doivent être définitivement intégrés dans les institutions et dans le monde du travail. Un sourd seul dans une entreprise sans interprète reste isolé. »

Avez-vous des contacts avec le gouvernement ?

« J’ai fait le tour des ministères pour faire entrer la langues des signes dans la Constitution. Mais pour le moment rien ne bouge. Prendre une telle mesure impliquerait d’investir plus de moyens sur notre cause. Les politiques montrent un intérêt au handicap à l’approche des élections. Cela fait son effet. Mais nous restons dans de la communication. A l’approche des élections municipales de 2020, les candidats des villes de plus de 10.000 habitants peuvent expérimenter l’apprentissage de la langue des signes. Nous verrons si les candidats s’engagent. » 

Un bébé sur 1.000 naît sourd.
Dans la population, on estime 300.000 sourds
1/3 d’entre eux pratiquent couramment la langue des signes. 34 % d’entre eux sont inactifs du fait à la restriction d’accès à l’emploi, aux loisirs et à l’isolement.
(Source Fédération nationale des sourds de France)

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