La main des sourds

«Skam France» : la saison 5 aborde le handicap avec des personnages sourds

Dans la série phénomène pour ados, diffusée sur France.tv/slash, l’un des héros est atteint de surdité brusque. Rencontre avec les comédiens et l’équipe artistique.

Des chocs à répétition. Dans sa saison 5, lancée le 6 janvier sur France.tv/slash, la série pour ados « Skam France » frappe son public au cœur en confrontant l’un de ses héros à un défi inattendu. Après les questions du harcèlement, de l’identité sexuelle ou de la foi, cette fiction phénomène − qui cumule déjà plus de 100 millions de vues sur l’intégralité des quatre premières saisons − aborde le thème du handicap invisible. Arthur, le personnage qui est au centre des dix nouveaux épisodes, est en effet atteint d’une surdité brusque qui le fait basculer dans l’inconnu.

A l’écran, pour l’accompagner dans son cheminement, deux petits nouveaux font leur apparition : Noée et Camille, joués par Winona Guyon et Lucas Wild, sourds comme leurs personnages. « Tous les sourds ou malentendants à l’écran le sont réellement, à l’exception d’Arthur évidemment ». Son interprète, Robin Migné, joue dans « Skam France » depuis la saison 3. Quand il a appris qu’il serait le héros de la cinquième dans « Skam France », chaque saison étant centrée sur un personnage différent, il ne l’a pas cru. « J’étais mort de peur et encore plus quand j’ai appris le thème. Il fallait représenter des gens qui ont été évincés de la population en général, qui ont été rabaissés. »

« Toutes nos idées reçues ont été balayées »

L’idée de parler du monde sourd est d’abord venue de Niels Rahou, directeur d’écriture sur la série depuis la saison 3. « Personnellement, je suis entendant, mais j’ai une maman ORL, donc j’ai grandi avec des gens autour de moi que je voyais communiquer différemment. Je voulais parler du handicap depuis longtemps et j’étais moins intéressé par le handicap moteur qui a été davantage vu à la télévision. Il n’y a pas très longtemps, j’ai rencontré un jeune homme sourd entouré d’un groupe d’entendants. Puis je l’ai revu quelque temps après avec toute une communauté de sourds. Je me suis demandé ce qui l’avait poussé vers un monde plutôt que l’autre. Toutes ces réflexions ont nourri l’idée de cette saison 5. »

Par la suite, à force de recherches et de rencontres, l’histoire n’a cessé de se remodeler. « Nous avons énormément collaboré avec l’IVT (NDLR : International Visual Theatre, association de recherches artistiques, linguistiques et pédagogiques sur la langue des signes), salue David Hourrègue, qui a réalisé tous les épisodes de la série. Toutes nos idées reçues ont été balayées d’une traite. La rencontre avec Winona et Lucas a été révélatrice. Winona vient d’une famille qui est sourde depuis trois générations. Pour elle, parler de handicap n’a aucun sens. C’est nous qui avons eu très vite fait de se sentir handicapés de ne pas pouvoir communiquer plus vite et mieux avec nos comédiens sourds. Grâce à Skam, on a changé durablement notre perception du monde. »

Pour Winona Guyon, le défi est grand : « On oublie trop souvent le côté culturel du monde des sourds, il y a plein de choses à découvrir : le théâtre, le cinéma, etc. Quand je suis arrivée sur la série, j’étais très motivée par cette responsabilité de représenter le monde des sourds. » Lucas Wild insiste également sur la diversité de cette communauté : « Il y a des gens qui signent, d’autres qui parlent, il y en a qui entendent un petit peu, d’autres pas du tout… On n’est pas tous pareils et le personnage d’Arthur permet de montrer cette variété. »

« On apprend chaque jour »

Un message positif qui ouvrira les yeux, non seulement de ceux qui ignorent tout de ce monde, mais pas seulement : « En ce moment, au sein même des sourds et malentendants, il y a une opposition entre ceux qui signent, ceux qui parlent. Nous, la nouvelle génération, on a envie de casser cette opposition », s’enthousiasme Winona.

Toute l’équipe était touchée au fil de ce tournage, notamment les comédiens qui ne cessent de répéter : « Avec Skam, on apprend chaque jour ». « Cette série nous rend meilleurs », résume Léo Daudin, l’interprète de Yann. Et Assa Sylla (l’interprète d’Imane, au centre de la saison 4) d’ajouter : « Grâce à Skam, on rencontre beaucoup de gens qui se reconnaissent dans nos personnages. Enfin, en 2020, c’est bien de représenter la société actuelle à l’écran. »

Source http://www.leparisien.fr - 14 Janvier 2020

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