“Dévaste-moi”, une ode aux femmes et au Chansigne par la comédienne Emmanuelle Laborit

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Présente sur la scène du Théâtre Municipal de Rezé jusqu’à samedi 14 décembre, Emmanuelle Laborit comédienne sourde, chante en langue des signes. Avec « Dévaste-moi » certains spectateurs verront une danse, d’autres découvriront une langue.

Crée à la Comédie de Clermont-Ferrand, « Dévaste moi » est l’histoire d’une rencontre entre la comédienne, le metteur en scène Johanny Bert et le groupe de rock clermontois The Delano Orchestra.
Un spectacle hybride entre concert et théâtre qui passe du récital d’art lyrique au concert pop-rock, en laissant une petite place au cabaret des années 30. Sur scène, Emmanuelle Laborit, première comédienne sourde distinguée par un Molière, en 1993 pour son rôle dans la pièce « Les enfants du silence », interprète en « chansigne » une vingtaine de chansons allant de « Carmen » de Bizet à « Back to Black » d’Amy Winehouse.
Sourde de naissance, Emmanuelle Laborit, incarne avec grâce et sensualité un répertoire musical autour du corps féminin. Une ode à la beauté de la langue des signes.

Le chansigne d’Emmanuelle Laborit

« C’est comme un voyage d’Emmanuelle dans différents corps, libérés, sensuels, dominés, malmenés ou violentés », explique Johanny Bert, artiste associé à la Comédie de Clermont, qui a voulu créer le spectacle après avoir rencontré la comédienne, « pour l’énergie qu’elle dégageait ».
« Elle signe du bout des cheveux jusqu’au bout des doigts de pieds. Quand on la voit, il y a tout qui vibre en elle. Emmanuelle a un rapport au corps beaucoup plus libre et affirmé que celui des entendants », souligne le metteur en scène, connu pour son travail sur les marionnettes.

Oubliées les mélodies ancrées dans la mémoire collective de Serge Gainsbourg, Alain Bashung ou Donna Summer, c’est un autre rapport au chant que propose la comédienne aux entendants : avec ses mains adaptant les paroles en langue des signes, elle donne à voir l’infinie poésie des textes choisis.
Hommage aux femmes
Le spectacle, dont le titre est tiré d’une chanson de Brigitte Fontaine, évoque pêle-mêle l’avortement, la ménopause, les violences conjugales ou la masturbation, entre rire et émotion. Côté gestuelle, Emmanuelle Laborit s’est inspirée de chanteuses iconiques comme Maria Callas, Edith Piaf ou Madonna, à la recherche de l’interprétation la plus évocatrice.
Une vingtaine de chansons composent « Dévaste-moi ».
« Ce n’est pas une traduction littérale de la chanson en langue des signes. Il y a souvent beaucoup de jeux de mots, de rimes, de messages cachés. On a essayé de comprendre le sens de la chanson et de prendre en compte l’implicite en allant à la loupe dans un texte, en le décortiquant. L’important n’est pas de tout comprendre mais de ressentir une émotion », raconte Emmanuelle Laborit.

Est ensuite venu le temps du dialogue avec les cinq musiciens du Delano Orchestra qui l’accompagnent de leurs vibrations. « Quand je chantais au début, ils regardaient tous leurs instruments et rataient la moitié des choses. J’ai ri ! Il a fallu qu’ils apprennent à jouer en me regardant », ajoute la comédienne
Une passerelle entre sourds et entendants
Si le spectacle ne se présente pas comme un projet pédagogique sur le handicap, il est une passerelle entre sourds et entendants, auxquels il s’adresse sans distinction avec un sous-titrage volontairement partiel.

« Sourde comme un pot », selon ses mots, la comédienne, dont l’autobiographie « Le Cri de la mouette » a été traduite en 14 langues, explique combien sa découverte de la langue des signes l’a ouverte au monde, alors que seuls 5 % des enfants sourds scolarisés en France y sont formés.
« Beaucoup de sourds sont proches de l’illettrisme. Pourtant, c’est une véritable double richesse d’être bilingue. Chez moi, mon français et ma langue des signes se nourrissent l’un l’autre », fait valoir la comédienne qui est aussi directrice de l’International Visual Theatre (IVT), centre de la culture et de l’identité sourde à Paris.

►Dévaste-moi, programmé par l’Onyx et la Soufflerie est à voir au Théâtre Municipal de Rezé vendredi et samedi à 20h30, ces deux soirs, les représentations seront suivies d’un « bord de scène »: un échange entre les spectateurs et les artistes.
►Voir notre reportage diffusé jeudi 12 décembre dans la rubrique Coup de Cœur du 19/20 Pays de la Loire.

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