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Les oubliés des urgences

Les numéros des secours ne peuvent être utilisés que par téléphone. Impossible pour les personnes sourdes ou malentendantes de les contacter. Une situation terrible et contraire à la loi.

Danièle, alerte grand-maman, roule en pleine nuit quand, soudainement, elle heurte le coin d’un îlot et constate que la conduite de sa voiture n’est plus aussi aisée. Mais comment joindre le TCS? Elle est sourde et le service de dépannage ne peut être atteint que sur appel téléphonique. Elle tente de contacter des proches par SMS, mais personne ne lit ses messages en pleine nuit. Craignant pour sa sécurité si elle s’arrête au milieu de nulle part, Danièle n’a dès lors pas d’autre choix que de poursuivre sa route. Une patrouille de police mettra un terme à son escapade. Un de ses pneus avant a explosé. Danièle n’a évidemment rien entendu. Elle est emmenée au poste de police, avant qu’un agent ne la raccompagne à la maison. L’aventure se terminera avec une amende pour conduite avec un véhicule endommagé doublée d’un retrait de permis.

Angoisse et douleurs
Walter, octogénaire vivant seul après le décès de son épouse, constate que ses douleurs au bas-ventre se sont intensifiées pendant la nuit. N’en tenant plus, il aimerait contacter les urgences, mais impossible, il est malentendant et le seul moyen de joindre les numéros d’urgence passe par le téléphone. Il tente tout de même de prévenir des proches, via WhattsApp, en leur demandant instamment d’appeler une ambulance. Mais, au milieu de la nuit, personne ne réagit. Après plusieurs heures de douleurs et d’angoisse, Walter n’a pas d’autres solutions que de se traîner comme il peut jusque chez une voisine pour la réveiller et lui demander d’appeler une ambulance.

Inégalités illégales
Tristement réels, c’est deux cas ont été vécus par deux retraités de la région. Comme de nombreuses personnes sourdes, malentendantes ou atteintes d’un trouble de l’élocution, il a fallu qu’un événement malheureux survienne dans leur vie pour qu’elles et leurs proches se rendent compte de la situation choquante dans laquelle leur handicap les accule. En cas de détresse, elles n’ont aucun moyen de joindre directement les numéros d’urgence. Pourtant, selon les dispositions légales, les personnes sourdes et malentendantes doivent avoir accès, comme tout citoyen, aux services d’urgence.
Dans le domaine des droits des personnes handicapées, la Suisse est législativement à la pointe. Elle a signé la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées et possède également une Constitution interdisant toute discrimination. Pourtant, en matière d’accès aux urgences, l’inégalité de traitement est flagrante.

Des exemples à suivre
La France ou encore la Belgique, pour ne reprendre que deux exemples parmi des pays proches, ont mis en place des dispositifs pour répondre à une obligation de la loi qui impose aux services d’urgence d’être accessibles à tous, même aux personnes qui ne peuvent faire appel à eux par la voie classique de l’appel téléphonique.
Depuis plusieurs années, chez nos voisins, il est possible de solliciter l’intervention des pompiers, de la police et d’une ambulance via un seul numéro d’appel d’urgences à trois chiffres, réservé aux sourds et malentendants. Ce numéro est accessible par SMS, visiophonie, tchat ou fax, les moyens de communication habituels des personnes présentant un déficit auditif ou des difficultés d’élocution. En Suisse, rien de tel au niveau des numéros officiels. Pourtant, le système ne doit pas être sorcier à appliquer puisque la Rega, la garde suisse de sauvetage, a mis en place une telle solution. Elle peut être alertée par SMS. Pourquoi n’est-il pas possible d’appliquer ce système plus généralement au 144? «Afin de mettre en place un système commun, il faudrait une solution applicable sur l’ensemble du territoire. Mais en Suisse, les antennes du 144 dépendent d’une organisation cantonale, et ce cantonalisme fait obstacle à une coordination des services d’urgence sur un plan national», déplore Sandrine Burger, la porte-parole de la Fédération suisse des sourds (FSS).
La Suisse compte 10 000 personnes sourdes et 800 000 à 1 million de personnes malentendantes. Ce nombre va croissant avec le vieillissement de la population et le nombre de plus en plus conséquent de jeunes faisant un usage fréquent et intensif d’écoute de musique à des niveaux sonores trop élevés, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). A toutes ces personnes, l’efficacité des secours n’est actuellement pas garantie.

Source
https://www.journaldujura.ch - 9 Décembre 2019
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