Le combat de Mathis, sourd profond, étudiant à l’université

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"Je n’ai pas fait tout ça pour abandonner…"

Le jeune homme de 23 ans a besoin d’un interprète en langue des signes pour suivre ses études en licence.

Ses mains s’agitent devant son sourire qui brave l’adversité. Mathis Epifanio, 23 ans, étudiant en licence design à l’université de Nîmes, explique en langue des signes son parcours du combattant pour suivre une scolarité « comme tout le monde » alors qu’il est sourd profond de naissance. Ce jour-là, un interprète en langue des signes lui permet d’échanger avec nous. Une aide indispensable qui, aujourd’hui, lui manque cruellement pour suivre les cours.

L’année vient à peine de commencer et déjà « dans les bureaux de l’université où je plaide ma cause pour avoir de l’aide, on m’a dit “Vous allez rater votre licence” ! », se désole Mathis Epifanio. Drôle d’encouragement !

Ses mains “parlent” avec véhémence : « Je n’ai pas fait tous ces efforts pour baisser les bras maintenant ! je ne lâcherai pas ! », dit celui qui rêve d’être enseignant en design et multimédia en langue des signes.

Le soutien des profs et des étudiants

Le parcours scolaire d’un enfant sourd est tout sauf un long fleuve tranquille, et arriver jusqu’à l’université est un exploit quand on sait que près de 80 % de la population sourde est illettrée. « Environ 4 % seulement des sourds font des études supérieures », précise Mathis Epifanio dont le parcours est exemplaire de sa volonté et de son courage mais aussi des lacunes dans l’accompagnement du handicap.

Quand il entre au collège du Mont-Duplan où des cours sont adaptés en langue des signes, il a le niveau d’un élève de CE2 « mais je serre les dents et je m’accroche ». Et la sentence qui tombe en fin de troisième : « Un prof me dit “Tu n’as pas le niveau, fais un CAP menuisier” ! Mais moi, je voulais faire des études… »

Il enchaîne donc une troisième renforcée « pour remonter mon niveau », un bac pro, avec quelques heures seulement d’interprète en langue des signes, « obtenu avec mention », puis un BTS dessin graphique et communication numérique.

« Avec un accompagnement au rabais, déplore l’étudiant. Une AVS qui connaissait vaguement la LSF et qui était dyslexique en plus ! C’était très infantilisant pour moi. »

Je ne suis pas mon handicap, je suis avant tout un jeune comme tous les autres

Et le cauchemar continue à l’université où il vient d’intégrer une licence. « Où est l’égalité des chances ? », interroge l’étudiant en colère, même si l’équipe pédagogique et les autres élèves le soutiennent. « Quand je me suis inscrit, l’université connaissait mes besoins, maintenant on me dit qu’un interprète est trop cher. » Sans aide depuis la rentrée, il peine à suivre les enseignements théoriques « même si les professeurs essayent d’orienter leur pédagogie pour que je glane des choses… »

La solidarité a ses limites, avec un interprète en langue des signes, « ça passerait comme une lettre à la poste », argumente Mathis qui a recueilli plus de quarante signatures sur la pétition qu’il veut envoyer à la présidence de l’université. « Un sourd peut avoir un avenir, je ne suis pas que mon handicap, je suis d’abord un jeune comme les autres. Ce combat, c’est toute ma vie », lâche-t-il dans un indéfectible sourire.

« Offrir les meilleures conditions »

« Avant l’inscription de cet étudiant, Karine Weiss, la vice-présidente, la direction des études et de la vie étudiante et la cellule d’aide à l’autonomie l’ont rencontré pour lui préciser que la prise en charge d’un interprète ne pouvait être garantie », explique la direction de l’université qui dit « tout mettre en œuvre pour l’accueillir dans les meilleures conditions.

Depuis la rentrée, il bénéficie ainsi de l’aide d’un étudiant “preneur de notes”’. Pour les TD qui supposent des interactions, l’université indique qu’elle étudie une solution alternative. « L’établissement est actuellement en discussion avec une personne pratiquant la langue des signes pour aider cet étudiant. Si les modalités administratives doivent encore être fixées, nous avons bon espoir que cela aboutisse rapidement. » Cette année, Unîmes accueille 200 étudiants handicapés pour lesquels de nombreux aménagements facilitent l’insertion et la scolarité.

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