La main des sourds

Pauline est sourde mais pas sans voix

Pauline Denéchère est sourde de naissance. Un handicap qui l’empêche selon elle de s’imposer sur le marché du travail. Elle lance un cri du cœur à l’attention des employeurs.

C’est sa façon à elle de nouer le dialogue avec les entendants. Une feuille blanche, un stylo et quelques mots griffonnés à la volée pour exprimer ses idées.

À la veille des grandes vacances, Pauline Denéchère s’était présentée de cette manière à l’accueil de notre journal pour lancer, avec la même spontanéité, une bouteille à la mer. « J’aimerais voir un journaliste pour expliquer ma difficulté à trouver un travail. Je suis là pour me faire entendre. »

Nous avons repris contact avec cette Lavalloise de 34 ans qui réside à Saint-Aubin-de-Luigné, dans une charmante maison de centre-bourg, avec son mari et un nourrisson qui n’ont pas son handicap. L’été est presque passé mais sa situation n’a pas évolué. Sur la table du salon, une liasse de réponses polies mais négatives à ses lettres de candidature. « Une bonne centaine », évalue-t-elle, et surtout « zéro entretien » depuis deux ans.

« Au début, ça me mettait en colère »

« Je suis sûre que la plupart des employeurs ont peur de mon handicap. Je veux leur dire qu’ils ont tort. Au début, ça me mettait en colère. Maintenant, je veux me battre pour qu’ils me donnent ma chance , pour leur montrer que je suis capable », insiste cette femme de caractère qui a appris la langue des signes au centre Charlotte-Bouin, à Angers, avant de poursuivre sa scolarité au lycée Chevrollier, filière scientifique, grâce à l’aide d’une auxiliaire de vie scolaire.

Sourde de naissance comme ses parents qui résident à Laval et son frère qui exerce comme architecte, Pauline lit aussi sur les lèvres et ne manque pas d’arguments, comme en atteste son CV. En tête de la rubrique diplômes et formations : un Master 2 Ecologie et développement durable, décroché avec mention Bien, à l’Université catholique de l’Ouest d’Angers en 2017.

Ses expériences professionnelles se limitent en revanche à des emplois de technicienne en germination dans trois entreprises du Maine-et-Loire et des missions de stagiaire quand elle a décidé de reprendre ses études supérieures. Le dernier fut le plus riche : elle a réalisé des prélèvements sur des sites pollués, élaboré des plans de gestion et formulé des préconisations pour le compte de société nantaise Egis Structures et Environnement.

« J’ai réussi jusque-là à y arriver. Il n’y a donc aucune raison pour que des obstacles se dressent face à moi. Je suis prête, s’il le faut, à passer par d’autres formations, même à changer de domaine, pour parvenir à mon rêve : devenir ingénieur. Ce n’est pas maintenant que je vais changer de voie. »

300 000

Un bébé sur 1 000 vient au monde sourd. En France, on estime à 300 000 le nombre de personnes concernées par ce handicap qui reste un frein pour accéder à un emploi : un tiers d’entre elles n’ont pas de diplôme d’enseignement supérieur et le taux de chômage est trois fois plus élevé que dans le reste de la population.

Source https://www.courrierdelouest.fr - 17 Septembre 2019 à Saint-Aubin-de-Luigné

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.