La main des sourds

Yann Cantin: “Malheureusement, une personne qui ne parle pas n’est pas considérée comme une réelle personne”

Yann Cantin a été l’invité de Carole Clémence ce 28 janvier 2019 dans l’émission Vivre FM c’est vous ! Ce spécialiste de l’histoire des sourds et enseignant à l’Université Paris 8 a pu s’exprimer grâce à la présence de Sophie Grindatto, interprète en langue des signes. À l’occasion de la sortie de son ouvrage, “La communauté sourde de la Belle Époque (1870-1920) – Les clés pour comprendre”, il retrace le quotidien des personnes sourdes durant ce demi-siècle éminemment important.

Yann Cantin évoque un sujet de recherche peu abordé, l’Histoire des sourds, plus spécifiquement durant la Belle Époque, de 1870 à 1920. Période sombre et peu étudiée qui connaît un  bouleversement en 1880, date à laquelle l’enseignement de la langue des signes disparaît des écoles françaises. Le congrès de Milan « a mis à côté la langue des signes, et il a dit qu’il fallait choisir l’oralisme » nous explique Yann. En d’autres mots, ce congrès visait à apprendre aux sourds à parler oralement à l’aide d’exercices respiratoires et la lecture des lèvres afin de “favoriser” leur intégration dans une société où la parole est considérée comme la “norme” pour une personne humaine.

En se plongeant dans l’histoire des derniers siècles, Yann Cantin dresse le constat d’une situation qui n’aurait que peu évoluée jusqu’à aujourd’hui : “Une personne qui ne parle pas n’est pas considérée comme une réelle personne”, l’idée selon laquelle l’intelligence et la parole sont intimement liée reste très répandue.

Si la Belle Époque porte bien mal son nom pour ce qui est de l’éducation des sourds, elle le porte bien dans d’autres domaines. « Dans la vie quotidienne, dans la rue et dans le domaine de l’art, la langue des signes s’est bien développée. Cependant, pour moi, cette période n’est pas un âge d’or. Seulement une minorité de sourds allait à l’école. En plus, le congrès de Milan a imposé l’oralisation donc les personnes sourdes n’étaient pas éduquées avec la langue des signes. Par conséquent, la qualité de l’éducation a vraiment décliné ». 
Effectivement, plusieurs études célèbres ont prouvé l’échec de cette méthode, incapable de permettre aux sourds une communication efficace et parfaite, contrairement à la langue des signes.  En témoigne l’appellation « “l’idiot du village”, c’est ainsi qu’on appelle une personne sourde dans certaines régions, notamment dans les villages pendant la Belle époque. »   

Source ttps://www.vivrefm.com - 29 Janvier 2019

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