Grâce au chansigne, Laëty Tual chante pour les sourds

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Laëtitia Tual, installée dans la région de Fougères, est chansigneuse. Une artiste qui milite pour que les sourds aient un égal accès à la culture que les entendants. Portrait.

Laëtitia Tual, alias Laëty, est installée dans la région de Fougères (Ille-et-Vilaine). Elle est chansigneuse

Claque visuelle

 J’utilise volontairement le mot de ’performance’ pour ce qu’elle a fait. Elle finit le concert avec des hématomes sur les mains… C’est très fort.

Christophe Anton, le directeur délégué aux antennes, à la production et au numérique de la radio Mouv’, n’hésite pas à dire qu’il a pris « une claque visuelle » pendant la prestation de Laëty.

Cette artiste avait la lourde charge de rendre la troisième saison du Hip-hop symphonique, événement qui réunit la crème du rap français dans l’écrin de l’auditorium de la Maison de la radio à Paris, bilingue, le 31 octobre 2018.

Elle interprétait en direct les prestations de SofianeS.Pri noirSniperWallen ou encore Dosseh. Onze titres au total en chansigne. « C’est la première fois qu’on avait un concert bilingue à Radio France », se réjouit Christophe Anton.

« Une maman sourde a vécu le concert avec son fils »

Cet événement était un des points d’orgue dans la carrière de cette artiste, installée dans la région de Fougères. « Ça a été une superbe expérience », se remémore Läety.

Un spectacle qui n’était pas qu’un incroyable show. Il s’est révélé être la démonstration, à nouveau, de l’utilité du combat mené par Laëtitia depuis 1999, date de sa première entrée sur scène comme chansigneuse. « Une maman sourde est venue avec son fils, fan de rap français. Elle a pu vivre ce concert avec son lui », témoigne le directeur du Mouv’ avec émotion.

Car derrière ses prestations scéniques, Laëty a un rêve tout à fait assumer : « La mixité des publics. » Et cela devra passer par « la reconnaissance de la citoyenneté de la personne sourde. » Une évidence ? Pas du tout.

VIDÉO. Laëty en répétition à la Maison de la radio interrogée par 20 Minutes :

Le «chansigne» ou comment traduire la musique pour les sourds

Rendre la musique accessible aux sourds, démonstration

Gepostet von 20 Minutes am Samstag, 3. November 2018

« On a occulté les sourds »

Le chansigne est moins bizarre aujourd’hui que lorsque j’ai commencé. Aujourd’hui, on dit ’c’est cool !’ Il ne faut pas que ça reste une découverte uniquement lors de la semaine du handicap, mais quelque chose de banal. La pratique reste encore trop exotique.

Selon cette femme âgée de 37 ans, « on a occulté les sourds alors que se sont nos semblables, nos voisins. Ce n’est pas une population qui a besoin d’aide, mais qu’on la respecte dans sa vie ».

Laëtitia, née à Avignon (Vaucluse), a embrassé la cause du rayonnement de la culture sourde, à ses 15 ans. Diplômée d’un baccalauréat littéraire, elle a écumé tous les lieux possibles fréquentés par des personnes sourdes, en parallèle de ses études de psychologie.

C’est là que j’ai appris qu’ils n’avaient pas accès à la parole. Ils pouvaient danser mais ne comprenaient pas. J’ai décidé d’y mettre les mains.

Petit à petit, elle s’est imposée comme une référence dans ce milieu qu’elle aimerait voir plus ouvert et même intégré à celui des entendants.


Sur scène, Erremsi et Laëty sont un véritable duo, « tous les deux devant », tient à préciser Laurent ce rappeur parisien. « Grâce à elle, mon concert est bilingue. Un concert en français et anglais ce n’est pas possible. C’est uniquement possible de faire cela avec la langue des signes. Sur scène, ça match. Elle a la passion du rap et de la bouteille. »

La présence de Laëtitia « apporte une autre lecture pour ceux qui sont dans la salle. C’est devenu un spectacle audiovisuel », résume Laurent.

Pour « un public unifié »

Cantonner la « performance » de Laëty à de la simple traduction serait extrêmement réducteur. Le chansigne, c’est bien davantage : une implication de la tête au cœur.

Pour faire basculer une chanson dans l’univers du chansigne, Laëtitia écoute d’abord la musique, puisqu’elle entend… 

Je m’inspire d’une vibes. Ensuite, je passe sur le papier où j’effectue une traduction d’une langue à une autre. Puis j’y mets le rythme. Enfin, vient la nécessité du langage corporel.

En réalité, la traduction n’est qu’une première étape.

Comme je suis en interprétation d’artiste, je respecte l’interprète, mais l’adaptation de l’œuvre à la culture sourde est indispensable. Il faut que ce qui fasse rire les entendants, fasse rire les sourds, pour un public unifié. C’est un peu comme si vous vouliez traduire ’bullshit’ en français. Vous ne direz pas merde de bison, mais ’connerie’.

Son univers, elle a accepté de mettre en avant sur les chaînes du groupe M6, du 19 au 24 novembre, dans le cadre de la semaine pour l’emploi des personnes handicapées.

VIDÉO. Clip de La Marcheuse – Christine & the Queens diffusé sur M6 :

Toujours pour la télévision, Laëty a reçu à de nombreuses reprises les équipes de l’émission L’œil et la main sur France 5, en vue d’une diffusion prochaine.

En parallèle, ses projets artistiques s’enchaînent. Après la Maison de la radio, Laëty a repris le volant de son camion dans lequel elle habite pour poursuivre le développement de ses projets.

Fin novembre, elle a retrouvé son binôme Erremsi pour le festival des Hivernales de Saint-Herblain, dans la banlieue nantaise. Puis, direction Rodez (Aveyron) et ainsi de suite.

Laëty continue de vivre de son art et dans le même temps s’entête à faire comprendre au reste du monde que les sourds sont des citoyens à part entière, dont la langue est reconnue depuis février 2005, comme langue vivante du territoire français.

Et si finalement, son métier et au-delà son engagement, consistaient davantage à rendre la vue aux entendants.

Voir aussi la vidéo avec Adamo Sayad, chansigneur interprétant le titre « Tout va bien » d’Orelsan


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