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Le travail des personnes sourdes : un combat au quotidien

Lorsqu’on est sourd, il peut s’avérer difficile d’entrer dans le monde du travail. Certains employeurs peuvent se montrer réticents à l’idée d’embaucher. Après nous être intéressé à la scolarisation des enfants sourds, focus à présent sur le monde du travail, à base d’exemples dans la Vienne.

Damien*, 32 ans et sourd de naissance, a toujours aimé diriger une équipe. Pendant sa scolarité en milieu ordinaire, il s’est rapidement trouvé une âme de leader. Tout naturellement, c’est vers des emplois dans le management qu’il s’est touné.

Depuis quatre ans, il travaille à l’Établissement de Services et d’Aides par le Travail (ESAT) de la Chaume, à Saint-Benoit dans la Vienne. “Quand je suis arrivé, j’ai expliqué que je souhaitais un poste avec des responsabilités. J’ai choisi d’aller vers le service de lingerie car je savais que là-bas, je pourrais être autonome”, explique-t-il.

Être sourd, un frein pour l’emploi ?

L’ESAT de la Chaume emploie 35 personnes. Toutes souffrent d’une déficience auditive, accompagnée parfois d’une déficience visuelle et/ou de troubles associés (troubles mentaux). “La plupart est à mi-temps ou à temps partiel car ce sont des individus qui se fatiguent plus vite”, indique Stéphane Juin, responsable de l’ESAT.

Ici, sept activités sont proposées aux salariés. De la cuisine à l’entretien des espaces verts, tous y trouvent leur compte. Une opportunité pour beaucoup : “Avec mon handicap, les employeurs d’entreprises “normales” ne voulaient pas me recruter. Alors, j’ai été obligée de me tourner vers les ESAT mais au final, je suis contente comme ça”, assure Lydia.

Une enquête IPSOS réalisée en septembre 2014 montre en effet que les employeurs trouvent très difficile d’employer une personne souffrant d’un handicap sensoriel. Au total, 298 dirigeants et responsables RH d’entreprises de 10 salariés et plus ont dû répondre à la question suivant : “Sur une échelle de 1 à 10, pouvez-vous qualifier le niveau de facilité ou de difficulté que vous ressentez si vous deviez intégrer des personnes atteintes de différents handicaps ?”. Les réponses sont sans appel :

En 2017, Pôle Emploi estimait le nombre de demandeurs d’emploi déficients auditifs autour de 7 à 8000. Et selon les derniers chiffres que nous avons pu trouver, le taux de chômage chez les sourds s’élèverait donc à 39 %, soit un taux près de quatre fois supérieur à la moyenne nationale (chiffres 2013 de Média Pi !).

Pourtant, selon larticle L5212-2du code du travail, les entreprises d’au moins 20 salariés doivent employer au moins 6% de travailleurs handicapés, mutilés de guerre ou assimilés. Une obligation qui est rarement respectée.

28 % des sourds actifs sont ouvriers 

Autre différence notable entre les personnes entendantes et celles sourdes : le type d’emploi exercé. Les sourds ayant souvent un niveau de qualification plus faible que les entendants, ils arrivent rarement à des postes avec de hautes responsabilités, comme cela est expliqué dans un rapport 2014 de la Fédération nationale des sourds de France.

“Les ESAT proposent un milieu protégé qui permet aux travailleurs d’avoir une activité professionnelle et de gagner en autonomie”, affirme Stéphane Juin. Pour y entrer, rien de plus simple : il suffit de remplir quelques démarches auprès de la Maison départementale des personnes handicapées

À l’origine, les ESAT doivent préparer leurs salariés à entrer dans le milieu ordinaire, mais pour ceux avec un handicap sensoriel comme les personnes sourdes, c’est très compliqué. En effet, peu de personnes maîtrisent la langue des signes française dans les entreprises dites “normales”.

Il faut un accompagnement permanent avec ce type de déficience. Les sourds sont des personnes très exigeants qui veulent avoir une réponse rapide et faire les choses rapidement donc il faut être capable de vite comprendre ce qu’elles nous disent, indique Stéphane Juin.

Le salaire d’un travailleur employé en ESAT se compose d’une partie liée à la production et son activité au sein de l’établissement (aux alentours de 700€) et d’une partie versée au titre de l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH versée par la Caisse d’Allocation Familiale). Et si le salaire diminue, l’AAH augmente pour compenser cette perte.

Des évolutions en cours

Le monde du travail reste donc assez hostile pour les personnes souffrant de surdité. Mais cela tend à évoluer : des dispositifs ont été mis en place pour faciliter la recherche d’emploi des sourds. Depuis juin 2017 à Pôle Emploi, les demandeurs d’emplois sourds et malentendants qui se rendent en agence sont accueillis par un conseiller muni d’une tablette tactile.

Et grâce à une application, le demandeur d’emploi et le conseiller peuvent se connecter à une plateforme de visio-conférence pour être mis en relation avec un interprète en langue des signes française. Une vraie révolution pour les chômeurs sourds.

La communauté sourde est de plus en plus reconnue par la société et cette dernière cherche donc à s’adapter pour lui faciliter la vie. Des progrès restent à faire mais c’est au moins un début prometteur.

*Le prénom a été changé.
 

Source https://france3-regions.francetvinfo.fr - 3 Septembre 2018
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