La main des sourds

Sourds, ils veulent un signe de l’Éducation nationale

Deux frères, lycéens à Rennes, ne peuvent suivre les cours normalement si leurs accompagnants ignorent la langue des signes, expliquent leurs parents. Qui réclament des interprètes en classe.

En terminale de bac pro électrotechnique, au lycée professionnel Coëtlogon, à Rennes, Guillaume Briand, un élève sourd de 19 ans, redoute de « sacrifier son année », explique Mickaël, son père.

À 16 ans, son frère Clément, sourd lui aussi, en classe de première commerce au lycée Bréquigny, à Rennes, « veut arrêter ses études », se désespèrent leurs parents qui habitent une commune proche de Rennes.

« Nos enfants sont déprimés, démotivés : ils n’ont plus envie de faire des efforts. » Alors, Mickaël et son épouse, qui souffrent des mêmes troubles auditifs, se battent pour que leurs fils aient des accompagnants qui connaissent la langue des signes, en classe.

Ces deux lycéens « vivent dans l’exclusion et la souffrance de ne pas bénéficier d’une scolarité normale », assure ce père de famille.

« C’est révoltant car ça ne servait à rien… »

« Il y a deux ans, l’Éducation nationale a bien affecté une auxiliaire de vie scolaire (AVS) auprès de chacun de nos enfants, dans chaque établissement, convient Mickaël Briand. Ce qui est révoltant, c’est que ça ne servait strictement à rien » Parce que ces AVS ne pratiquaient pas la langue des signes.

« Nos fils ont pourtant besoin d’un professionnel signant, d’un traducteur pour communiquer avec leurs enseignants », dit Mickaël Briand. Il a interpellé les services de l’Éducation nationale.« Nous n’avons pas de réponse »

Il est aussi en contact avec l’Institut Kerveiza, un établissement d’éducation pour déficients auditifs. « On a l’impression que tout le monde se renvoie la balle », regrette-t-il.

« L’année dernière, afin de faire réagir les différents interlocuteurs, Clément a séché les cours pendant deux semaines, alors qu’il n’avait pas encore 16 ans », se souvient son père. Une manière d’affirmer qu’il n’avait « aucun bénéfice à aller en classe ». Le résultat ? « Aucune réaction »

La famille Briand a saisi le délégué du Défenseur des droits, à Rennes. Puis, en novembre 2017, le Défenseur des droits, au niveau national. « L’affaire traîne, nous ne voyons aucune issue à l’horizon. Ce n’est pas normal d’avoir à se battre ainsi pour un droit, conclut ce père de famille. Nous nous sentons abandonnés. »

De son côté, l’Apes-35, l’association des parents d’enfants sourds, retient que, « cela fait plusieurs années, que nous demandons que des personnels soient formés à la langue des signes ».

« On ne réclame pas la lune, s’insurge le président de l’APES-35. Nous voulons simplement que la loi soit respectée lÉducation nationale doit former les ressources nécessaires à l’accompagnement des élèves en situation de handicap. »

Source https://www.ouest-france.fr - 26 Avril 2018

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