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Accessibilité et représentativité des personnes handicapées à la télévision : “On voit que ça ne bouge pas”

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) présentait ce mardi un rapport sur l’accessibilité des programmes de télévision aux personnes handicapées et sur la représentation du handicap à l’antenne. Le bilan pour 2017 n’est pas bon. Cédric Lorant, secrétaire général de l’UNISDA, le souligne.

Quel accès aux programmes télévisés pour les personnes handicapées ? Quelle représentation à l’antenne ?

Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) présentait ce mardi un rapport sur ce sujet pour l’année 2017. Objectif : dresser le bilan du respect des obligations par les chaînes audiovisuelles. En effet, depuis la loi pour l’égalité des droits et des chances de 2005, certaines chaînes, publiques et privées, doivent par exemple sous-titrer leurs programmes, en fonction de leurs audiences.

Entretien avec Cédric Lorant, secrétaire général de l’UNISDA, l’Union nationale pour l’insertion sociale des déficients auditifs.

Au vu du rapport du CSA, peut-on désigner de bons et de mauvais élèves en termes d’accessibilité ?

Il y a deux types de programmes : le programme enregistré, où le sous-titrage, voire la langue des signes, va être préparé. Dans ce cas-là, on a de la qualité, quelles que soient les chaînes. La différence se voit avec les programmes sous-titrés en direct et interprétés en langue des signes également. C’est pour cela qu’il existe des chartes de qualité. Elles sont encore remises en annexe dans le rapport du CSA pour rappeler ce que l’on doit respecter pour que le téléspectateur sourd puisse bien capter l’information.

Sur le direct, et même en général, la langue des signes est sous-représentée et sous utilisée dans les programmes. Nous souhaitons qu’il y ait le même cheminement que pour le sous-titrage. Depuis la loi de 2005, il y a une obligation de 100 % de sous-titrage.

Qui est concerné par cette obligation ?

Il y a une obligation de sous-titrage pour toutes les chaînes publiques et privées qui ont un taux d’audience supérieur à 2,5 % sur l’année. Cela comprend tout le groupe M6 (W9), Canal Plus, TF1 et France télévisions. Donc, cela va écarter encore aujourd’hui toutes les chaînes d’information en continu. Il y a eu des avancées sur ces chaînes pour se répartir des créneaux sur la journée pour rendre accessible le sous-titrage et la langue des signes entre 8 h et minuit. Nous souhaitons pour ces chaînes d’information en continu, en plus des créneaux prédéfinis, qu’il y ait un engagement dès qu’il y a un temps fort démocratique, qui fait appel à un ministre important notamment. Ou que soit prévu le même système d’accessibilité que pour les autres chaînes.

J’ai également été surpris que la chaîne d’information de France Télévisions, France Info, ne sous-titre pas à 100 % ses programmes. Il y a matière à regarder, j’avais déjà alerté le CSA et France Télévisions sur cette différence de traitement. C’est en cours de discussion : nous pourrions avoir demain une chaîne d’information en continu sous-titrée toute la journée.

Quelles sont les obligations des chaînes aujourd’hui en termes de langue des signes à la télévision ?

Il n’y a aucune obligation. Quand les chaînes prennent l’initiative de rendre accessibles leurs programmes avec la langue des signes, elles doivent seulement respecter une charte de qualité signée par le CSA et l’ensemble des chaînes en 2015. Nous souhaitons monter en charge et nous nous appuyons pour cela sur les « moments démocratiques ». Nous souhaitons une obligation totale de l’accessibilité sous-titrage et langue des signes lors des vœux du président de la République ou lors d’une intervention suite à des attentats. Par exemple, le bilan du président de la République, récemment, n’était pas accessible sous ces deux modes.

Autre problème abordé dans le rapport, celui des replays et des vidéos à la demande. Quelle est la situation actuelle ?

Sur la vidéo à la demande, seuls les films étrangers proposent une version sous-titrée. Tous les films français ne sont pas proposés à l’achat avec le fichier sous-titre, alors qu’il existe, parce qu’il était disponible lors de la sortie en salles ou sur petit écran.

Pour le replay, France Télévisions et Arte systématisent aujourd’hui la reprise du sous-titrage dans les sept jours après la diffusion à la télévision. Pour les autres chaînes, nous avons eu des échos selon lesquels ils avançaient sur la question. Mais cela fait quatre ou cinq ans que j’entends parler d’avancées spectaculaires sur le replay.

Il y a en fait une obligation de sous-titrage lors de la diffusion linéaire, c’est-à-dire pendant la première diffusion télé. Après, pour tout ce qui est en replay, il n’existe pas d’obligation. En 2005, les replays n’existaient pas. On n’a donc pas pu anticiper le 100 % sous-titrage sur d’autres canaux de diffusion. Ce sont des échanges perpétuels. On dit que le numérique apporte du bien à la société, que cela embarque toute la société dans la même voie, mais on voit qu’il y a toujours un train de retard à ce sujet.

Il y a aussi la reprise dans les applications des chaînes : le sous-titrage n’est pas possible sur les applications smartphones ou tablettes, sauf France Télévisions qui le fait. Il y a de bonnes pratiques, mais qui ne sont pas soumis à obligation.

Quelles sont vos revendications auprès du CSA en termes d’accessibilité ?

Nous souhaitons avoir une qualité en sous-titrage et en langue des signes, ainsi qu’une quantité chiffrée en langue des signes. Comme pour le 100 % sous-titrage, on pourrait par exemple définir un quart de programmes en langue des signes. Après, c’est à discuter, parce que la langue des signes n’est pas forcément demandée pour tout ce qui est films : le sous-titrage se suffit à lui-même pour les films ou les séries télévisées. La part langue des signes est donc à réfléchir. On pense notamment aux programmes jeunesse. Les jeunes sourds ne savent pas forcément lire. Ils apprennent la langue des signes avant d’acquérir l’écriture.

Le rapport parle aussi de la représentation à la télévision, quelles sont vos attentes ?

Il y a eu des programmes, il y a 20 ou 25 ans, qui étaient à destination des jeunes sourds qui veulent apprendre la langue des signes. Nous souhaiterions qu’ils se multiplient. C’est un peu ambigu, car on présente la langue des signes à la télévision, ce qui nous apporte beaucoup, mais c’est surtout classé sous le regard de l’accessibilité. Alors que pour nous, cela représente la culture sourde à la télévision. La surdité est un handicap invisible qui est très difficile à voir à l’écran. Nous, nous souhaitons que lorsqu’une personne veut aller sur un plateau participer à un jeu, l’encadrement et l’accessibilité soit prévus pour elle. Voir un interprète sur un plateau de télévision permet de rendre visible le handicap.

L’UNISDA a également pensé à instaurer un temps dans la journée d’un flash info interprété en langue des signes directement. Il pourrait ensuite être doublé, avec une voix off pour le public généraliste, voire un sous titrage. Cela pourrait mettre en avant les deux aspects : l’accessibilité envers un public et la visibilité et la représentativité du handicap dans les médias.

Selon vous, y a-t-il eu des progrès en cinq ans, depuis le début du mandat d’Olivier Schrameck à la tête du CSA ?

On est encore dans une phase de prise de conscience. Les réseaux sociaux s’appuient beaucoup sur le sous-titrage, beaucoup plus qu’à la télévision. Mais cela reste stable, il n’y a pas vraiment d’avancées. Le pari était de se dire : on va s’appuyer sur les bonnes pratiques sans passer par la case législative.

Là, nous allons peut-être devoir en passer par là, avec la loi audiovisuelle qui se dessine, parce qu’on voit que ça ne bouge pas et qu’il faut aller au-delà de la prise de conscience.

Source https://www.franceculture.fr/ - 29 Mai 2018
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