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Un détenu sourd-muet choisit la violence pour se faire entendre, deux ans de prison supplémentaires

Un homme de 37 ans était jugé ce jeudi en comparution immédiate pour avoir abreuvé sa conseillère d’insertion et de probation, de lettres d’insultes et menaces de mort. Il est sourd-muet, mais aussi, soulignera le procureur, intolérant à la frustration.

Dans le box, Hamdi Madkour, 37 ans, agite les mains dans tous les sens. Pas besoin de comprendre le langage des signes pour entendre que l’homme est en colère.

Les mots qu’il dessine du bout des doigts sont traduits au tribunal par une interprète. Ils parlent d’isolement, de sentiment d’abandon, d’incompréhension. «  Ce n’est pas une raison pour écrire en ces termes…  » rétorque le président Bernard Lemaire.

Le magistrat pioche au hasard des dizaines de courriers qu’Hamdi Madkour a adressé au SPIP (service de probation et d’insertion qui accompagne les détenus et les prépare à la sortie) pour le seul mois de décembre. Il y a toutes sortes d’insultes et surtout des menaces d’égorgement. «  Pour toi et ta famille  » a-t-il écrit plusieurs fois à sa conseillère.

« La première plainte en neuf ans »

À la barre, la directrice représente son service : «  Cela fait neuf ans que je suis directrice, c’est la première fois que je porte plainte  ». Elle énumère tous les dispositifs tentés pour compenser l’isolement en détention du prévenu à cause de son handicap.

« Vous êtes responsable de l’agressivité dont je suis victime en prison »

La plupart ont échoué, aussi parce qu’Hamdi Madkour les a refusés. «  Alors, il oscille entre courriers de menaces et courriers où il s’excuse platement  » poursuit-elle.

Mais ce jeudi à l’audience est jour de colère pour Hamdi Madkour. L’homme, petit brun musculeux, pointe du doigt la directrice à la barre : «  Vous êtes responsable de l’agressivité dont je suis victime en prison  » saisit au vol la traductrice qui, parfois, grimace et secoue la tête comme si les propos étaient trop insultants.

« Intolérant à la frustration »

«  Il se présente en victime mais il a surtout, ce que les experts appellent une intolérance à la frustration  » raille le procureur Jean-Philippe Navarre, « Quand son besoin n’est pas satisfait assez vite, il devient violent  ».

Le magistrat insiste sur la dangerosité du prévenu  : «  Quand un surveillant dit à la conseillère, on vous déconseille d’aller le voir car votre sécurité n’est plus assurée…  »

Dans le silence pesant sur la fin de la phrase, résonne alors le casier judiciaire : Hamdi Madkour a été condamné cinq fois pour des violences, il purge surtout quarante ans de prison pour deux procédures criminelles. Me Loredana Puisor en défense tentera d’expliquer les réactions violentes de son client : «  Il est dans un isolement extrême. En détention, il ne peut communiquer avec personne.  »

Le parquet avait requis un an de prison, le tribunal est allé au-delà, condamnant condamné Hamdi Madkour à deux ans.

Source
http://www.lavoixdunord.fr - 12 janvier 2018
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