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Hauts de Seine Habitat

Culture Ce duo qui parle aux sourds

Poussés par le désir de rendre les productions de nos artistes québécois accessibles pour la communauté sourde, les interprètes Martin Asselin et Joëlle Fortin lançaient leur propre entreprise il y a cinq ans; Spectacle Interface. Et leur concept va bien au-delà de la traditionnelle traduction en Langue des Signes Québécoise (LSQ).

Habillés de la même façon que les artistes en vedette, Martin et Joëlle deviennent des quasis doublures des têtes d’affiche. Ils se retrouvent sur scène et sont appelés à jouer et à se déplacer en même temps que les interprètes originaux. Ainsi, Martin et Joëlle ont la réelle conviction de rendre toute la qualité d’un spectacle à la communauté sourde.

«Les sourds ont longtemps pensé que les spectacles de nos humoristes, par exemple, n’étaient pas pour eux…, indique Martin. Mais après avoir vécu l’expérience avec Interface, ils ‘’trippent’’ et se disent même que c’est possible de venir voir un spectacle avec leurs proches ‘’entendants’’.»

Le 2 décembre prochain, l’interprète originaire de Saint-Sulpice et sa comparse fouleront les planches du Théâtre Hector-Charland, à L’Assomption, en compagnie de Louis Morissette et de Véronique Cloutier. Ils présenteront Les Morissette en spectacle.

Rencontre avec Judi Richards

C’est à la suite d’une rencontre avec Judi Richards, avec qui Martin avait déjà eu l’occasion de travailler, que les deux interprètes ont décidé de se lancer dans l’aventure de «Spectacle Interface». Nous remontons alors en 2008; Martin et Joëlle étaient appelés à traduire «Au septième ciel», le spectacle de Judi Richard, avec Toulouse et Yvon Deschamps.

Il s’agissait d’une première expérience sur la scène professionnelle pour le duo qui agissait à titre d’interprète depuis plusieurs années au sein d’un club Optimiste de la Rive Sud, qui mettait en scène différentes pièces de théâtre amateur.

Depuis, ils adaptent environ deux spectacles par année. Ils ont notamment eu l’occasion de se glisser dans la peau des humoristes Philippe Laprise et Michel Barrette ainsi que nombre de comédiens lors de présentations de pièces de théâtre telles que «Ça se joue à deux» et «Les hommes viennent de mars et les femmes viennent de Vénus».

Jusqu’aux moindres détails

Pour pouvoir offrir une prestation sans faille, les deux interprètes doivent étudier les moindres détails d’un spectacle, du texte aux déplacements des protagonistes.

Ainsi, une fois que le côté administratif est réglé avec les producteurs, le duo peut retourner voir en salle le spectacle choisi jusqu’à cinq fois. Ce dernier est également filmé.

«On réécoute le spectacle plusieurs fois, ce qui nous permet de visualiser les signes et de préparer notre banque de photos qui supporte les blagues», explique Martin; car pour arriver à maintenir le bon rythme sur scène, les interprètes doivent parfois présenter des images sur écran géant, facilitant ainsi la compréhension des spectateurs sourds. Certaine références sont également ajustées afin de personnaliser le tout à la communauté visée.

Parfois, les interprètes ont la chance de tenir une générale avec les artistes. Ils peuvent ainsi revoir leurs déplacements et donner quelques indications aux techniciens. «Il n’y a pas tant de répétition, le travail doit se faire à l’avance», témoigne Martin qui avoue user de sa spontanéité naturelle lors de ses performances.

Pour la sauvegarde de la LSQ

Au-delà de l’offre nouvelle qu’ils proposent aux sourds, Martin et Joëlle souhaitent mettre de l’avant la LSQ. «Il y a quelque chose de tellement beau là-dedans», partage Martin, inquiet de voir cette langue disparaître à petit feu.

«Au Québec, on a tendance à vouloir ’’réparer’’ un enfant qui est sourd. C’est rare que l’on parle de la langue des signes aux parents… on préconise les implants, ce qui est bien, mais ça ne fonctionnent pas de la même façon pour tous. Alors parfois, on se retrouve avec un enfant de dix ans, pour qui les implants n’ont pas fonctionné et qui ne connaît pas la LSQ.»

Martin est né de parents sourds. Il a donc baigné très tôt dans cet univers. Il travaille aujourd’hui à titre d’interprète pour les étudiants au Cégep. Joëlle s’est pour sa part intéressée à la LSQ alors qu’elle était enfant. Un de ses petits voisins était sourd. Elle travaille également comme interprète en plus de faire quelques apparitions télévisuelles.

Source https://www.hebdorivenord.com - 26 Novembre 2017
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